— Prenez garde ! votre préférence est comme un défi. Vous êtes une sacrilège. Dans cet asile de silence et de repos, vous criez aux fils de cette poussière : — « Enterrez la tradition avec la cendre des aïeux. Oubliez l’horizon ancestral et saluez celui que je vous montre ! » — Vous troublez l’immémoriale prière de cette vieille femme gardienne du sommeil, pour lui faire entendre que ses petites-filles ne lui ressembleront pas. O sacrilège, ne méritez-vous pas un châtiment ?
Noura se libère de l’étreinte et, la main tendue comme pour un serment :
— Je suis venue vers le sommeil et ses gardiennes. La nuit va s’achever ; que l’aurore soit ! Vous toutes les Endormies, que vos yeux s’ouvrent. Voici l’heure du réveil !…
Les Grandes Tentes
… une atmosphère toujours pleine de désir latent ou d’amour satisfait.
… une âme féminine qui conçoit infiniment la joie des parfums d’encens et d’aromates, une âme librement asservie, avec une volupté animale, au rite primitif de l’amour humain.
Le cavalier imberbe qui galopait dans le soir, — un soir d’ocre et de sanguine, — s’arrêta aux premières tentes de la zmala.
Les chiens hurlaient contre lui. Des femmes se voilèrent qui portaient des draperies roses et des anneaux ciselés dans l’argent massif.
Un homme prononça les paroles de paix qui accueillent.
Le cavalier vint s’étendre devant la tente sultane, son cheval près de lui, rênes traînantes, selon la coutume des Sahariens.
La tente sultane ; un de ces vastes logis mobiles où s’abritent les hôtes, les maîtres, les épouses, les concubines, les enfants, les serviteurs libres et les esclaves. Celle du fils aîné du souverain de la tribu est brune aussi, rayée des mêmes couleurs blanches et rouges, mais plus basse. Une patriarcale et riche simplicité les enveloppe. Autour gravitent les tentes plus humbles des petits parents et des familles tributaires rangées sous la baraka (bénédiction maraboutique) de l’agha Bou-Halim. Et d’autres, nombreuses, augmentent la cité nomade ; celles des pâtres, des serfs rusés qui sollicitèrent et obtinrent la faveur de faire partie de la zmala, pour être exemptés de trop lourdes redevances et payer de leur travail.