— Hada ma kan, cela est tout.

Elle s’accroupit et, comme ayant froid étendit ses mains sur un kanoun. Elle sentait le cœur battant des autres, l’interrogation muette de leurs yeux. Alors, elle parla, vite :

— Je suis entrée dans la tente de Si Laïd. Elles dormaient. Une bougie fondait sur la table où sont les journaux français. Reïra était couchée dans le lit de fer noir où brille du cuivre, Defla sur le tapis… J’ai rampé comme un serpent. La cervelle du mort pesait dans ma main… Elles ne se sont pas réveillées… Je vous dis que je rampais comme le serpent !… Et j’ai glissé la cervelle sous le coussin où reposait la tête de Defla… Cela est tout…

Elle remit ses mains près de la braise.

Ce fut la voix de la Soudanaise :

— Louange à Dieu, Ferfouri ! Elle dort sur la chose immonde. Par le pouvoir du maléfice, son flanc devient stérile et sans joie, son pouvoir d’aimer est mort.

Celle qui allaitait souleva l’enfant pendu à sa mamelle oblongue.

— Avec Defla est la malédiction ! dit-elle. Vous savez la blancheur de sa peau. Quand l’enfant commença à vivre en moi, je priai : — « Par ta tête, ô Defla, laisse-moi boire ce verre d’eau au-dessus de ton visage, pour que mon enfant soit de ta couleur. » — Elle répondit : — « Fais selon ta pensée. » — Et dites-moi si mon fils est blanc !…

L’être simiesque cria. Elle le recoucha sur ses genoux.

La Soudanaise et Ferfouri échangèrent un regard. De sa poitrine, celle-ci tira un morceau de mousseline pris au turban de nuit de l’agha.