Elle se réjouissait de revoir son père qu’elle n’avait rencontré qu’une fois depuis son mariage. Dans une ville du pays breton, il avait vécu un exil momentané que le gouvernement lui imposait pendant que s’apaisait une effervescence constatée dans son aghalik.
Si Laïd avait des yeux de convoitise pour le charme sérieux de Noura, sa taille élancée et robuste, sa claire figure à la bouche volontaire.
Et Noura allait comme un semeur aux plaines ouvertes, avec l’espérance d’y laisser des germes féconds.
Les tentes mirent leurs points sombres dans l’étendue grise et blonde.
Prévenue par un message d’avant-garde, la zmala attendait l’arrivée. Les yous-yous stridèrent pour l’allégresse et la bienvenue.
Au seuil de la tente sultane, Bou-Halim bénit celle qui revenait… Il prononça de sa voix sacerdotale :
— Sois la bien accueillie, trois fois la bien accueillie, ô ma fille, toi et celle qui est avec toi.
Il se tourna vers la foule bédouine :
— Prenez des moutons et des chèvres dans mon troupeau. Tuez-les pour vous et vos familles. Que la zmala entière soit rassasiée, à cause du retour de Fatime.
La foule hurla un alléluïa guttural. Les égorgeurs se ruèrent sur les troupeaux. On entendit des bêlements désespérés et des râles au sourd murmure de la formule rituelle que proféraient les sacrificateurs.