— Vous parlez comme Lella Guemara, fait Noura : mais cela ne saurait empêcher l’envol, au grand battement des ailes déliées. Pas une nation n’a le droit de garder la femme en éternel état d’infériorité et dans la misère du geste et de l’intelligence. Après l’Europe, l’Orient annihilera la loi de séculaire injustice qui, de la mère des hommes, fait une créature opprimée. Et pourquoi ?
Claude Hervis, avec ce premier historien que fut Moïse, trouvait l’explication dans le crime biblique, le péché de l’Eden.
Noura sourit.
— Soit. Il est temps d’absoudre la coupable. Voici l’heure de la miséricorde et du rachat ; la souffrance a tout expié.
Est-ce Mouni qui vient à table, ses cheveux casquant haut sa tête, un défi et une inquiétude dans les yeux, vêtue d’une robe blanche de Noura, une robe ajustée à sa taille par l’aiguille de Lella Fatime ?
Ainsi, avec son teint doré, elle ressemble à quelque élégante Espagnole de Paris.
— Tu es parfaite ! s’écrie la petite Mâlema.
— O fille de Noura, dit Claude Hervis, vous êtes très belle.
Mouni rayonne, son inquiétude dissipée.