La présente édition est l’édition originale de cet ouvrage.

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Copyright 1921 by Edgar Malfère.

OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

En préparation

PREMIÈRE PARTIE

… Née au temps où les oliviers kabyles fleurissent les pentes montagnardes et les sentiers pierreux entre les vergers, Mâadith devait être belle. Les vieilles reconnurent cela dès sa naissance et ses parents se réjouirent dans leur pauvreté laborieuse, car la beauté est la puissance divine et singulière qui enchante à jamais les hommes et les femmes.

Dix années passèrent, marquées aux retours des rafales de neige dans les cèdres du Djurdjura et du bourdonnement des guêpes dans les oliviers refleuris. Parmi la brousse et les gneiss grisâtres, Mâadith gardait les chèvres du village d’Ighli, dont quelques-unes étaient le bien paternel.

Le front étroit et bombé sous des cheveux touffus, le corps mince dans un lambeau de draperie bleue, Mâadith était aussi bondissante que son troupeau. Ses yeux éblouissaient son visage de statuette brune. D’humeur orgueilleuse et sauvage plus qu’aucune de ses pareilles, elle jouait parfois avec les autres bergers, mais préférait la solitude, habile à se parer de colliers de baies de myrte, à défier les singes aventureux descendus des cèdres et à disputer aux chevreaux le lait des chèvres. Elle n’aimait pas son frère Ouali, mais elle l’admirait pour sa taille élevée au-dessus de celle des autres gamins et parce que, fort de sa qualité de mâle et d’aîné, il la battait si brutalement que chaque fois elle croyait en mourir.