—Et ton chien, quel âge a-t-il?

—Mais il n’a pas d’âge, un toutou n’a pas d’âge, n’est-ce pas, maman?

—Non, un toutou n’a pas d’âge, tu as raison.»

Barbe voulait s’en aller, mais le sergent la garda; après l’avoir embrassée, il dit:

«Madame, j’ai chez moi une gentille petite fille que j’aime tendrement; aussi chaque fois que je vois des enfants, je suis heureux, car il me semble que c’est un peu de ma fillette que je retrouve....»

Je suis sûre qu’il avait envie de pleurer en disant cela, bien que maman m’ait assuré que je m’étais trompée.

«Madame, il n’y a plus un lit dans tout Dunkerque; mais, comme je ne veux pas vous laisser dans l’embarras, je vais vous conduire dans un hôtel où j’ai une chambre et où vous pourrez coucher cette nuit. Seulement vous allez m’attendre un instant pendant que je termine mon travail.»

Il posa Barbe à terre, mais la retint près de lui; il donna une chaise à maman et une autre à moi.

Il parla à toutes les femmes qui entraient les unes après les autres. Il prenait un air ferme, mais je suis sûre qu’il était très bon et que plus sa voix était dure, plus il était attendri; il avait l’air de se forcer. Du reste, en le quittant, on le remerciait toujours de ce qu’il avait fait. Phœbus commençait à s’impatienter, alors le sergent Vandenbroucque se leva et nous prenant toutes les deux par la main et mettant son képi sur sa tête, il nous conduisit à l’hôtel de l’Océan où il avait sa chambre.

Avant de nous coucher, il nous fit servir à dîner; il avait mis Barbe à côté de lui, moi en face, et il nous parlait tout le temps. Il voulait absolument savoir comment Phœbus avait été blessé, mais Barbe dormait à moitié, alors le bon sergent la porta lui-même dans sa chambre et aida maman à la coucher.