Au moment où le train partait, le sergent nous embrassa et nous dit de ne pas oublier d’aller voir sa femme à Paris. Il avait écrit son adresse à maman. Il avait l’air d’avoir de la peine et je crois que maman faisait tous ses efforts pour retenir ses larmes. Il avait promis à maman de s’occuper spécialement de papa en allant au bureau des Belges qui correspondait avec le quartier général d’Ostende. Comme nous ne savions pas où nous habiterions, il était décidé avec lui que nous nous informerions auprès de sa femme de tout ce qu’il pourrait savoir.
J’écris cette partie de mon journal dans le train, sur la tablette du compartiment, bien que Barbe me tire tout le temps le bras pour voir le petit garçon qui cherche à exciter Phœbus en lui passant son soulier à rebrousse-poil sur le dos.
Naturellement Phœbus reste tranquille, mais Barbe dit tout à coup:
«Laisse donc mon toutou, c’est un soldat réformé.
—Un soldat réformé? Mais c’est un chien!
—Eh bien! puisqu’il a eu sa patte cassée par une balle.
—Sa patte cassée par une balle! Et où ça donc?
—Mais à Diehl, avec Louis Gersen.
—Qu’est-ce que Louis Gersen?
—C’est le conducteur de Phœbus.