C’était un singulier bateau, et tel que je n’en avais pas encore vu de pareil ; il était beaucoup plus court que les péniches qui servent ordinairement à la navigation sur les canaux, et au-dessus de son pont peu élevé au dessus de l’eau était construite une sorte de galerie vitrée ; à l’avant de cette galerie se trouvait une verandah ombragée par des plantes grimpantes, dont le feuillage accroché çà et là aux découpures du toit retombait par places en cascades vertes ; sous cette verandah j’aperçus deux personnes : une dame jeune encore, à l’air noble et mélancolique qui se tenait debout, et un enfant, un garçon à peu près de mon âge qui me parut couché.
C’était cet enfant sans doute qui avait crié « bravo ».
Remis de ma surprise, car cette apparition n’avait rien d’effrayant, je soulevai mon chapeau pour remercier celui qui m’avait applaudi.
— C’est pour votre plaisir que vous jouez ? me demanda la dame, parlant avec un accent étranger.
— C’est pour faire travailler mes comédiens et aussi… pour me distraire.
L’enfant fit un signe et la dame se pencha vers lui.
— Voulez-vous jouer encore ? me demanda la dame en relevant la tête.
Si je voulais jouer ! Jouer pour un public qui m’arrivait si à propos. Je ne me fis pas prier.
— Voulez-vous une danse ou une comédie ? dis-je.
— Oh ! une comédie ! s’écria l’enfant.