— Je vous en prie, n’est-ce pas ?
Il est à peu près certain que si madame Milligan n’avait pas parlé de mes parents, j’aurais donné à nos adieux beaucoup plus que les dix minutes qui m’avaient été accordées par mon maître.
— C’est à Chavanon, n’est-ce pas ? continua madame Milligan.
Sans lui répondre, je m’approchai d’Arthur et le prenant dans mes bras, je l’embrassai à plusieurs reprises, mettant dans ces baisers toute l’amitié fraternelle que je ressentais pour lui. Puis m’arrachant à sa faible étreinte et revenant à madame Milligan, je me mis à genoux devant elle, et lui baisai la main.
— Pauvre enfant ! dit-elle en se penchant sur moi.
Et elle m’embrassa au front.
Alors je me relevai vivement et courant à la porte :
— Arthur, je vous aimerai toujours ! dis-je d’une voix entrecoupée par les sanglots, et vous, madame, je ne vous oublierai jamais !
— Rémi, Rémi ! cria Arthur.
Mais je n’en entendis pas davantage ; j’étais sorti et j’avais refermé la porte.