Instantanément la nuit se fit, je ne vis plus les arbres d’or.
Je tournai les yeux vers Vitalis. Lui-même me regarda, et la pâleur de mon visage, le tremblement de mes lèvres, lui dirent ce qui se passait en moi.
— Te voilà inquiet, dit-il, peiné aussi je crois bien.
— Nous séparer ! dis-je enfin après que le premier moment du saisissement fut passé.
— Pauvre petit !
Ce mot et surtout le ton dont il fut prononcé me firent monter les larmes aux yeux : il y avait si longtemps que je n’avais entendu une parole de sympathie.
— Ah ! vous êtes bon, m’écriai-je.
— C’est toi qui es bon, un bon garçon, un brave petit cœur. Vois-tu, il y a des moments dans la vie où l’on est disposé à reconnaître ces choses-là et à se laisser attendrir. Quand tout va bien, on suit son chemin sans trop penser à ceux qui vous accompagnent, mais quand tout va mal, quand on se sent dans une mauvaise voie, surtout quand on est vieux, c’est-à-dire sans foi dans le lendemain, on a besoin de s’appuyer sur ceux qui vous entourent et on est heureux de les trouver près de soi. Que moi je m’appuie sur toi, cela te paraît étonnant, n’est-ce pas vrai ? Et pourtant cela est ainsi. Et rien que par cela que tu as les yeux humides en m’écoutant, je me sens soulagé.
Car moi aussi, mon petit Rémi, j’ai de la peine. C’est seulement plus tard, quand j’ai eu quelqu’un à aimer, que j’ai senti et éprouvé la justesse de ces paroles.
— Le malheur est, continua Vitalis, qu’il faille toujours se séparer précisément à l’heure où l’on voudrait au contraire se rapprocher.