Bientôt j’appris par Étiennette et par les garçons combien le désespoir du père était justifié. Il y avait dix ans que le père avait acheté ce jardin et avait bâti lui-même cette maison. Celui qui lui avait vendu le terrain lui avait aussi prêté de l’argent pour acheter le matériel nécessaire à son métier de fleuriste. Le tout était payable ou remboursable, en quinze ans, par annuités. Jusqu’à cette époque, le père avait pu payer régulièrement ces annuités, à force de travail et de privations. Ces payements réguliers étaient d’autant plus indispensables, que son créancier n’attendait qu’une occasion, c’est-à-dire qu’un retard, pour reprendre terrain, maison, matériel, en gardant, bien entendu, les dix annuités qu’il avait déjà reçues : c’était même là, paraît-il, sa spéculation, et c’était parce qu’il espérait bien qu’en quinze ans, il arriverait un jour où le père ne pourrait pas payer, qu’il avait risqué cette spéculation, pour lui sans danger, — tandis qu’elle en était pleine, au contraire, pour son débiteur.
Ce jour était enfin venu, grâce à la grêle.
Maintenant qu’allait-il se passer ?
Nous ne restâmes pas longtemps dans l’incertitude, et le lendemain du jour où le père devait payer son annuité avec le produit de la vente des plantes, nous vîmes entrer à la maison un monsieur en noir, qui n’avait pas l’air trop poli et qui nous donna un papier timbré sur lequel il écrivit quelques mots dans une ligne restée en blanc.
C’était un huissier.
Et depuis ce jour il revint à chaque instant, si bien qu’il finit par connaître nos noms.
— Bonjour Rémi, disait-il ; bonjour Alexis, cela va bien, mademoiselle Étiennette ?
Et il nous donnait son papier timbré, en souriant, comme à des amis.
— Au revoir, les enfants !
— Au diable ?