— J’ai soif, dit-il, donnez-moi la botte.
Il n’y avait plus d’eau dans la botte ; je me levai pour en aller chercher ; mais Pagès qui m’avait vu, me cria d’arrêter, et au même instant l’oncle Gaspard me retint par le bras.
— On a juré de ne pas s’occuper de lui.
Pendant quelques instants, il répéta encore qu’il avait soif ; puis, voyant que nous ne voulions pas lui donner à boire, il se leva pour descendre lui-même.
— Il va entraîner les déblais, cria Pagès.
— Laissez-lui au moins sa liberté, dit le magister. Il m’avait vu descendre en me laissant glisser sur le dos ; il voulut en faire autant ; mais j’étais léger, tandis qu’il était lourd ; souple, tandis qu’il était une masse inerte. À peine se fut-il mis sur le dos que le charbon s’effondra sous lui, et sans qu’il pût se retenir de ses jambes écartées et de ses bras qui battaient le vide, il glissa dans le trou noir. L’eau jaillit jusqu’à nous, puis elle se referma et ne se rouvrit plus.
Je me penchai en avant, mais l’oncle Gaspard et le magister me retinrent chacun par un bras.
— Nous sommes sauvés, s’écrièrent Bergounhoux et Pagès, nous sortirons d’ici.
Tremblant d’épouvante, je me rejetai en arrière ; j’étais glacé d’horreur, à moitié mort.
— Ce n’était pas un honnête homme, dit l’oncle Gaspard.