— Alors comment avez-vous su que vous deviez venir ici ?
Je fis aussi court que possible le récit qu’on me demandait.
J’avais hâte de poser à mon tour quelques questions, une surtout qui me brûlait les lèvres, mais je n’en eus pas le temps.
Il fallut que je racontasse comment j’avais été élevé par Barberin, comment j’avais été vendu par celui-ci à Vitalis, comment à la mort de mon maître j’avais été recueilli par la famille Acquin, enfin comment le père ayant été mis en prison pour dettes, j’avais repris mon ancienne existence de musicien ambulant.
À mesure que je parlais, le monsieur prenait des notes et il me regardait d’une façon qui me gênait : il faut dire que son visage était dur, avec quelque chose de fourbe dans le sourire.
— Et quel est ce garçon, dit-il, en désignant Mattia du bout de sa plume de fer, comme s’il voulait lui darder une flèche.
— Un ami, un camarade, un frère.
— Très-bien ; simple connaissance faite sur les grands chemins, n’est-ce pas ?
— Le plus tendre, le plus affectueux des frères.
— Oh ! Je n’en doute pas.