Disant cela, il me prit la main et me l’embrassa ; alors les larmes emplirent mes yeux, mais elles ne furent plus amères et brûlantes comme celles que je venais de verser.
Cependant, si grande que fût mon émotion, elle ne me fit pas abandonner mon idée :
— Il faut que tu partes, il faut que tu retournes en France, que tu voies Lise, le père Acquin, mère Barberin, tous mes amis, et que tu leur dises pourquoi je ne fais pas pour eux ce que je voulais, ce que j’avais rêvé, ce que j’avais promis. Tu expliqueras que mes parents ne sont pas riches comme nous avions cru, et ce sera assez pour qu’on m’excuse. Tu comprends, n’est-ce pas ? Ils ne sont pas riches, cela explique tout : ce n’est pas une honte de n’être pas riche.
— Ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas riches que tu veux que je parte ; aussi je ne partirai pas.
— Mattia, je t’en prie, n’augmente pas ma peine, tu vois comme elle est grande.
— Oh ! je ne veux pas te forcer à me dire ce que tu as honte de m’expliquer. Je ne suis pas malin, je ne suis pas fin, mais si je ne comprends pas tout ce qui devait m’entrer là, — il frappa sa tête, je sens ce qui m’atteint là, — il mit sa main sur son cœur. Ce n’est pas parce que tes parents sont pauvres que tu veux que je parte, ce n’est pas parce qu’ils ne peuvent pas me nourrir, car je ne leur serais pas à charge et je travaillerais pour eux, c’est… c’est parce que, — après ce que tu as vu cette nuit, — tu as peur pour moi.
— Mattia, ne dis pas cela.
— Tu as peur que je n’en arrive à couper les étiquettes des marchandises qui n’ont pas été achetées.
— Oh ! tais-toi, Mattia, mon petit Mattia, tais-toi !
Et je cachai entre mes mains mon visage rouge de honte.