— Ce sont tes sabots qui te fatiguent, me dit-il ; à Ussel je t’achèterai des souliers.
Ce mot me rendit le courage.
En effet, des souliers avaient toujours été ce que j’avais le plus ardemment désiré. Le fils du maire et aussi le fils de l’aubergiste avaient des souliers, de sorte que le dimanche, quand ils arrivaient à la messe, ils glissaient sur les dalles sonores, tandis que nous autres paysans, avec nos sabots, nous faisions un tapage assourdissant.
— Ussel, c’est encore loin ?
— Voilà un cri du cœur, dit Vitalis en riant ; tu as donc bien envie d’avoir des souliers, mon garçon ? Eh bien ! je t’en promets avec des clous dessous. Et je te promets aussi une culotte de velours, une veste et un chapeau. Cela va sécher tes larmes, j’espère, et te donner des jambes pour faire les six lieues qui nous restent.
Des souliers avec des clous dessous ! Je fus ébloui. C’était déjà une chose prodigieuse pour moi que ces souliers, mais quand j’entendis parler de clous, j’oubliai mon chagrin.
Non, bien certainement, mon maître n’était pas un méchant homme.
Est-ce qu’un méchant se serait aperçu que mes sabots me fatiguaient ?
Des souliers, des souliers à clous ! une culotte de velours ! une veste ! un chapeau !
Ah ! si mère Barberin me voyait, comme elle serait contente, comme elle serait fière de moi !