Notre première occupation, en sortant de Éc lipse, fut donc de chercher un vieux sac de soldat et d’acheter ensuite deux chemises, deux paires de bas, un morceau de savon, un peigne, du fil, des boutons, des aiguilles, et enfin ce qui nous était plus indispensable encore que ces objets, si utiles cependant, — une carte de France.

En effet, où aller maintenant que nous étions en France ? Quelle route suivre ? Comment nous diriger ?

Ce fut la question que nous agitâmes en sortant d’Isigny par la route de Bayeux.

— Pour moi, dit Mattia, je n’ai pas de préférence, et je suis prêt à aller à droite ou à gauche ; je ne demande qu’une chose.

— Laquelle ?

— Suivre le cours d’un fleuve, d’une rivière ou d’un canal, parce que j’ai une idée.

Comme je ne demandais pas à Mattia de me dire son idée, il continua :

— Je vois qu’il faut que je te l’explique, mon idée : quand Arthur était malade, madame Milligan le promenait en bateau, et c’est de cette façon que tu l’as rencontrée sur le Cygne.

— Il n’est plus malade.

— C’est-à-dire qu’il est mieux ; il a été très-malade, au contraire, et il n’a été sauvé que par les soins de sa mère. Alors mon idée est que pour le guérir tout à fait, madame Milligan le promène encore en bateau sur les fleuves, les rivières, les canaux qui peuvent porter le Cygne ; si bien qu’en suivant le cours de ces rivières et de ces fleuves, nous avons chance de rencontrer le Cygne.