« Il est mort peu de temps après...
« Oui, Klein disait : comme une araignée... Depuis qu'il m'a raconté cela, je n'ai jamais pu oublier cette main-là, ni ces articles... refusés...
- Mais Klein était trotskyste. Tu ne veux pas que j'aille chercher de la quinine ?
- Mon père me disait : « Il ne faut jamais lâcher la terre. » Il avait lu cela quelque part. Il me disait aussi qu'il faut être attaché à soi-même : il n'était pas d'origine protestante pour rien. Attaché ! La petite cérémonie au cours de laquelle on attachait un vivant à un mort s'appelait... mariage républicain, n'est-ce pas ? Je pensais bien qu'il y aurait encore de la liberté là-dedans... L'autre m'a raconté...
- Qui ?
- Klein, naturellement ! que dans je ne sais quelle ville où les cosaques étaient obligés de nettoyer la population, un crétin reste plus de vingt secondes le sabre levé au-dessus de la tête des gosses : « Allons, grouille-toi » ! hurle Klein. - « Je ne peux pas, répond l'autre. J'ai pitié. Alors, faut le temps... »
Il lève les yeux et me regarde, avec une étrange dureté :
- Ce que j'ai fait ici, qui l'aurait fait. Et après ? Klein, son corps crevé partout, sa bouche agrandie au rasoir, sa lèvre pendante... Rien pour moi, rien pour les autres. Sans parler des femmes comme celle que nous avons vue tout à l'heure, qui ne peuvent rien faire de plus que frotter leur tête désespérée contre des plaies... Quoi. Oui, entrez ! »
C'est le planton de la Propagande, qui apporte une lettre de Nicolaïeff. Les troupes cantonaises, regroupées après leur défaite de Chowtchow, viennent d'être à nouveau battues par Tcheng-Tioung-Ming, et le Comité fait appel à l'armée rouge de la façon la plus pressante. Garine sort de sa poche une feuille blanche, écrit simplement : LE DÉCRET, signe, et donne la feuille au planton.
- Pour le Comité.