- Conquérant ? Il trouverait le mot amer, ton ami Garine...
-... limiteront dangereusement...
- Mais peu importe. Tu n'y comprends rien. À tort ou à raison, Borodine joue ce qui représente ici le prolétariat, dans la mesure où il peut le faire. Il sert d'abord ce prolétariat, cette sorte de noyau qui doit prendre conscience de lui-même, grandir pour saisir le pouvoir. Borodine est une espèce d'homme de barre qui...
- Garine aussi. Il ne croit pas qu'il a fait la révolution tout seul !
- Mais Borodine connaît son bateau et Garine ne connaît pas le sien. Comme dit Borodine : « Il n'a pas d'axe. »
Sauf la révolution.
- Tu parles comme un gosse. La révolution n'est un axe qu'aussi longtemps qu'elle n'est pas faite. Sinon elle n'est pas la révolution, elle est un simple coup d'État, un pronunciamiento. Il y a des moments où je me demande s'il ne finirait pas comme un mussoliniste... Tu connais Pareto ?
- Non.
- Lui doit le connaître...
- Tu n'oublies qu'une chose : c'est que si ses sentiments positifs sont ce que tu dis (et c'est faux), ses sentiments négatifs, eux, sont clairs : sa haine de la bourgeoisie et de tout ce qu'elle représente est solide. Et les sentiments négatifs, ce n'est pas rien.