« ... L'odeur n'est pas la même... »
La nuit est tout à fait venue. Klein est à côté de moi. Il parle français, presque à voix basse :
« Pas la même... As-tu voyagé la nuit, sur des rivières ? En Europe, je veux dire.
- Oui...
- Comme c'est différent, n'est-ce pas, comme c'est différent !.. Le silence de la nuit, chez nous, est la paix... Ici, on attend des coups de mitrailleuse, hein ? »
C'est vrai. C'est une nuit de trêve ; on devine que ce silence est plein d'armes. Klein me montre des feux tremblotants, presque imperceptibles :
« Ce sont les nôtres... »
Il parle toujours très bas, sur un ton de confidence.
« On ne voit rien par ici : on n'allume plus... Regarde. Sur le banc. En étalage. »
Derrière nous, sur le pont, une dizaine de jeunes Européens, dont les Compagnies possèdent des succursales à Shameen et qui vont aider les volontaires, assis en demi-cercle autour de deux jeunes femmes envoyées, dit-on, par un journal (ou par la Sûreté ?..) font assaut d'anecdotes : « ... il avait fait demander à Moscou un cercueil de cristal semblable à celui de Lénine, mais les Russes en ont envoyé un de verre... (il s'agit de Sun-Yat-Sen, sans doute). Une autre fois... »