- Oh ! j'ai l'habitude...
Devant sa maison, un planton qui l'attendait lui remet un rapport. Il le lit en gravissant les marches, le signe sur la table d'osier de la véranda et le rend. Le planton part en courant. Garine est de plus en plus soucieux. Je lui demande de nouveau, en hésitant :
- Alors ?
- Alors... alors voilà.
Le ton suffit.
- Ça va mal ?
- Assez. Les grèves, c'est très joli, mais ça ne suffit pas. Maintenant, il faut autre chose. Il faut UNE autre chose : l'application du décret qui interdit aux bateaux chinois de toucher Hongkong, ainsi qu'à tous les bateaux étrangers qui veulent mouiller à Canton. Il y a plus d'un mois que le décret est signé, mais il n'est pas encore promulgué. Les Anglais savent que la grève ne peut durer toujours ; ils se demandent ce que nous allons faire. Attendent-ils beaucoup de l'expédition de Tcheng-Tioung-Ming ? Ils lui fournissent des armes, des instructeurs, de l'argent... Lorsque ce décret a été signé, ils ont eu une telle peur, les gens de Hongkong, qu'ils ont télégraphié à Londres, au nom de tous les corps constitués, pour demander une intervention militaire. Le décret est resté au fond d'un tiroir. Je sais bien que son application justifierait la guerre. Et après ? Ils ne peuvent pas l'entreprendre, cette guerre ! Et Hongkong serait enfin...
Du poing, il fait le geste de serrer une vis.
- En retirant à Hongkong la clientèle des seules compagnies cantonaises, nous abaissons des deux tiers les recettes du port. La ruine.
- Eh bien ?