Le baigneur n’allait plus vers elle qu’à ses mauvais jours. C’était son point d’honneur. Il se couchait dans les temps calmes, s’enivrait ou fumait des pipes interminablement.

On l’entendait dire: «Elle dort» ou bien: «Elle crie» ou encore: «Elle m’appelle». Rarement il disait «la mer». Pour lui c’était Elle, simplement comme il eut dit de sa maîtresse.

P’tit Pierre le comprenait et répondait de même. Elle était toujours dans leur conversation. Et quand le vieux se dressait et marchait vers la côte en répétant: «J’vas lui causer», P’tit Pierre le suivait avec respect, connaissant qu’il y avait de belles choses à entendre.

Le soir parfois, après la chute du jour, une voix retentit sur le rivage et les hommes, qui mangent la soupe, disent pour rigoler:

—Vla l’Tonnerre qui gronde.

Le vieux est entré dans l’eau tout habillé, et il parle. Ses grands bras s’agitent et menacent. Un peu de phosphorescence met des cercles bleutés autour de ses vieilles jambes. Il parle:

—O ma câline! ô ma belle douce! t’es-t-il enjôleuse quand tu veux! T’as seulement point d’rides sur la peau, t’es plus nette qu’une jeunesse de vingt ans, et t’as des malices qu’on n’attend point sous ton mirouère... O ma belle, ma belle douce... ma belle...!

Il y a des calmes solennels où cette voix doit porter jusqu’au ciel. L’eau est sonore comme une table d’harmonie, et la terre gonfle le verbe de ses échos. Vautré dans le sable de la plage, P’tit Pierre écoute, et il ne sait pas pourquoi il a envie de pleurer.

Brusquement l’exaltation de Tonnerre s’abat. Sombre et muet il sort de l’eau et tout trempé, va droit au XXe Siècle où il commande:

—La goutte!