Le chien s’ébroue sur le sable. Tonnerre monte à terre, la barbe et les cheveux ruisselants, la prunelle fixe dans les yeux sanglants. Des boules de muscles jouent sur ses bras noueux et son poitrail velu est formidable. Comme une lourde bête victorieuse, il monte en grondant chez Zacharie où il s’assoit tout dégouttant et commande:
—La goutte!
Les hommes l’admirent silencieusement et sentent leur cœur battre, leur sang s’échauffer, parce qu’un homme a fait un prodige de force et de courage. Peu leur importe qu’il soit vain ou insensé. Bernard lui-même incline à l’indulgence et regrette:
—C’est-il malheureux qu’ ça boive!
Les femmes ont moins d’enthousiasme et pensent à elles:
—Heureusement qu’ c’est point marié! ç’aurait fait mourir s’n’ épouse de peur ou d’ misère!
Deux ou trois fois à la suite, Tonnerre renouvelle son exploit. Il reste mouillé des heures entières à l’auberge de Zacharie où les gars tiennent à honneur de lui payer la goutte. Il boit son litre d’alcool et rit fièrement parce que le maillot fume à la chaleur de son corps.
—Le poêle est bon! jure-t-il en se claquant le thorax.
Mais ces jours-là, quand il voulait rentrer chez lui, brûlé par l’effort et l’eau-de-vie, il s’écroulait au bord de la route en bafouillant:
—Ma belle douce... ma câline... avec mes bras!... oh la garce! la garce!...