P’tit Pierre avait repris sa vie libre en cachette. Il endormait sa mère avec des mensonges, et s’efforçait d’éviter le brigadier sur le port. La complicité des vieux, qui blâmaient Bernard, lui avait ménagé quelques sorties à la mer. Il suivait Perchais par goût et par émulation, car s’il aimait naviguer, il ne lui plaisait pas moins de défier Olichon qui était mousse.

Le soir, quand les barques reposaient à la chaîne, côte à côte dans le port et que la marmaille grouillait dans les canots empestés par la rogue, Perchais réunissait les deux rivaux.

—On va voir çui qu’a des biceps, les enfants!

Olichon était plus grand, plus maigre que P’tit Pierre, avec des bras qui n’en finissaient plus et que les manches de sa vareuse couvraient à peine jusqu’au poignet. Les pieds en dedans, il adhérait au pont de sa chaloupe, sa petite figure chafouine toute tendue d’énergie.

—Le premier rendu en tête du mât, annonçait Perchais, un, deux, trois!

D’un bond l’un et l’autre sautaient sur les drisses et grimpaient vite, tirant des bras, poussant des reins et des genoux. Ils ne se distançaient point d’abord. Olichon montait par grandes secousses à la faveur de ses longs membres; P’tit Pierre progressait par soubresauts rapides, comme s’il rampait.

Des sloops voisins les gars regardaient, Perchais présidait gravement, la tignasse en arrière, le poitrail développé. Au capelage, Olichon s’engageait un instant dans les poulies; P’tit Pierre s’enlevait par les haubans, embrassait la fusée du mât. En une seconde, il gagnait le sommet et criait sa victoire. D’en bas Perchais répondait d’enthousiasme. Olichon s’affalait sur le pont, rouge de dépit.

—Viens-y donc à la nage, criait-il, viens-y donc! tu verras si je ne t’ai pas!

Perchais jubilait, faisait chorus, brandissait sa main paralysée et commandait:

—A la nage! d’ici la jetée!