Coët l’avait épousée par amour bien qu’elle fût fille de terrien et que son père, le vieux Couillaud, fermier à Linières, eut tout fait pour la dégoûter des marins qui sont soulards et crève misère jusqu’à ce que la mer les mange.

Coup sur coup, il lui avait fait trois enfants, parce qu’il faut des bras pour manœuvrer les barques et qu’un mousse de plus dans la famille c’est un étranger de moins à entretenir à bord. Car les pêcheurs procréent surtout par intérêt, comme les bourgeois s’en gardent pour la même cause, et non pas tant, selon la commune croyance, à cause des ivresses qui les culbutent, dans une poussée de rut, sur leurs femmes maîtrisées.

Ils avaient eu la chance d’avoir trois mâles, de quoi Urbain gardait de la reconnaissance à Marie-Jeanne. Le dernier, nourri, ainsi que ses frères, de moules et de crabes qu’il mangeait déjà «comme un homme», attrapait ses dix-huit mois, et l’aîné n’avait pas cinq ans.

Dès qu’elle voyait rentrer son homme, la Marie-Jeanne posait son balai et interrogeait:

—T’as faim, pas vrai?

—Je mangerais ben un morceau.

Elle tirait de l’armoire du beurre et la miche. D’habitude, Urbain ouvrait son couteau et se curait silencieusement les dents avec la pointe. Mais ce jour il demanda:

—Les gars sont couchés?

—Je les ai point réveillés, pour avoir la paix...

—Et Léon?