P’tit Pierre qui n’était pas sans jouir de ces hommages, éprouva une contrainte quand Julien Perchais, passant, la casquette en arrière, le poitrail large sous le maillot, lui dit en riant:
—Regardez-moi çà! c’est mis comme un monsieur!
Et devant Cul-Cassé qu’il rencontra, accroupi sur une borne, en vareuse et en béret, il se sentit une gêne indéfinissable.
Cécile rayonnait naïvement, heureuse des félicitations, de se montrer au bras de son beau Pierre, et de sentir l’envie dans les regards des compagnes. Elle épousait un gars sérieux, fils d’un brigadier des douanes, et qui gagnait bien sa vie. Aussi la mère Zacharie qui ne voulait pas d’un pêcheur pour sa «demoiselle» maigrissait de dépit.
Réchauffé par toute cette joie, Bernard était repris par sa manie de nettoyage. Il lessiva, blanchit ses quatre pièces, repeignit ses volets et ses briques. Les gens du village s’arrêtaient, en passant, devant la petite maison colorée comme un jouet neuf et disaient:
—Mâtin! il fait de la toilette pour marier son gars!
Mais la grosse affaire fut la chambre nuptiale que Pierre occupait à présent. Déjà la mère Bernard y avait déplacé le lit pour introduire l’armoire où s’étageaient les belles piles de draps écrus, et la commode qui portera les photographies de famille et la couronne d’oranger sous un globe. Cécile ornerait le lit de beaux rideaux en cretonne à fleurs; P’tit Pierre ferait la table à l’atelier.
Il s’amusait de tous ces préparatifs sans les hâter. Chaque soir, à la brune, il s’isolait avec Cécile dans les dunes de la Corbière où ils échangeaient maintenant des caresses précises, à la mode du pays. Il ne parlait pas du mariage et si on lui demandait quand il aurait lieu, il répondait en riant:
—Ça viendra bien, soyez tranquille!
Alors ses parents fixèrent la noce au prochain congé de Florent, dans le mois d’octobre.