—Ah! ah! ah! il est parti! parti! parti!

Les vieux sont presque agacés par cette explosion douloureuse dans leur muet accablement. La fille sanglote, éperdue, en jetant au travers de ses hoquets:

—Il reviendra pus... il s’est embarqué... P’tit Pierre! j’ le r’verrai pus... il est parti, sur un navire... Oh! là là... pus jamais...

La mère Bernard pousse un gros soupir et son homme baisse la tête. Ce dernier coup ne les étourdit pas davantage. La Cécile à genoux, le front dans le tablier de la bonne femme, continue à gémir par intervalle dans le silence où l’on entend le vent d’automne secouer la porte au passage.

La chandelle se consume en crépitant, déplace des reflets sur la pipe, le maillot, la photographie et le sac où, par moment, ces deux mots brillent: Honneur—Patrie. Très tard, la Cécile s’en va, comme une enfant perdue dans la nuit.

Le bruit des sabots sur la route réveille le lendemain les vieux assoupis sur leurs chaises. Le temps a une clarté d’aube estivale; les pêcheurs descendent au port; des coqs chantent.

La mère Bernard prend le portrait de cette femme en cheveux, aux mauvaises allures, qu’ils ne connaissent pas, et l’installe sur la cheminée, près des gars, parce que c’est un peu du cœur de Florent sans doute. Les filles des usines passent dehors en riant et jacassant. Les cloches sonnent.

Dans le port, les vareuses bleues embarquent à pleins canots. Les sloops appareillent aux cris des poulies, doublent la jetée un à un et s’éloignent sur l’océan calme avec de la lumière dans leurs voilures multicolores.

Clémotte et Hourtin, appuyés sur des cannes, descendent voir la mer.

Mai 1910—Octobre 1911.