—J’veux l’vouère tout d’suite!

—Allons, allons, Marie-Jeanne, vous frappez point... venez avec moi...

—J’veux vouère mon homme que j’vous dis!

Bernard l’a saisie au bras et cherche à l’entraîner. Elle se débat avec force, entêtée par la résistance.

—Pourquoi qu’il vient pas à cte heure?

—Il est occupé... il travaille à sa barque...

Alors Marie-Jeanne fixe ses regards sur le visage ambigu du douanier; ses yeux se dilatent; elle crie:

—J’veux vouère mon homme! J’veux vouère mon homme! et dévalle au galop vers la plage.

Personne ne se met en travers. Elle passe entre les cous tendus. Des hommes à genoux se redressent. Elle heurte un corps par terre, s’immobilise, les yeux fous, la bouche grande ouverte sans proférer un son, oscille un moment et s’abat raide.

On la relève évanouie, le front fendu sur une pierre et tout sanglant. Des femmes s’essuient les paupières et se détournent par émotion. On est parti chercher des civières pour ramener les cadavres d’Urbain Coët et d’un matelot. On n’a pas retrouvé les corps de l’autre et de Léon.