Le vieux se déployait activement. Des goémons craquaient, des cailloux roulaient sous ses galoches, et de ses yeux, faits à la nuit, il guettait les vagues du plus loin possible. Piron fouilla quelque temps de son côté, puis il escalada la falaise en disant:

—Je vas au phare, rapport au poids...

Rapidement il remonta le mouvement et ressortit après avoir éteint et rangé son fanal. Cinq minutes plus tard, il franchissait à tâtons le pont-levis du sémaphore, enjambait les trois marches de la maisonnette et poussait la porte.

Quelque chose tomba dans l’obscurité avec un bruit mat. Il poursuivit dans le coin droit de la pièce, jusqu’à ce qu’il se heurtât au lit où ses deux bras s’abattirent et rampèrent sur les couvertures.

—C’est toi, Jules? fit la Gaude.

Il ne répondit pas. Mais avertie par le souffle haletant de l’homme et ces mains fouilleuses, elle dit tranquillement:

—Allons, c’est ce fou d’ Jean-Baptiste! Va falloir encore que j’ te mette à la porte.

Elle ne s’émut pas’ davantage, sûre de sa force, de son pouvoir et de le rendre à merci d’un mot, s’il lui plaisait. Déjà sautée du lit, elle lui échappait tandis qu’il battait l’air dans les ténèbres. Il l’entendit buter dans les meubles et se plaindre; une chaise cria sur le carreau; une allumette craqua. Et, tenté par les draps chauds, qui sentaient fort près de lui, il y plongea tête première et s’y vautra.

La Gaude reparut au seuil de la chambre voisine, protégeant de la main une bougie dont la lueur rouge bronzait son col et sa face basanés. Elle avait le bras rond, charnu, de la femme accomplie, les épaules pleines. Elle sourit sans crainte et dit:

—Ferme donc ta porte au moins, on gèle...