Perchais et les deux Aquenette ne répondirent pas. Dédaigneux, ils s’assirent sur l’établi, les jambes pendantes, découvrant leurs chaussettes groseille entre la galoche et la salopette bleue. Perchais repoussa en arrière la casquette qu’il porte seul, à l’Herbaudière, pour se donner des allures de yachtman, et des poils roux débordèrent sur son front tanné. A son poignet on pouvait lire la devise qu’il a gravée au tableau de sa barque: Laissez-les dire!
Le rabot criait sur le chêne; grand-père abattait des copeaux à coups réguliers d’erminette; une planche craquait de chaleur. Et ils demeuraient là, tassés, méditatifs, avec le calme taciturne des marins apaisés par la fascination de la mer.
Ce fut Urbain qui, le premier, aperçut la Gaude quand elle se présenta en cotillon court de Sablaise, avec un journal épinglé en voûte sur les cheveux. Il songea: «C’est juste, son mari l’envoie aux nouvelles!» Et il pensa lui dire, pour rire un brin: «Tu vois, ma barque est encore debout!» Mais elle passa près de lui sans le regarder, les seins offerts dans leur forme tentante, quasi nus sous la cotonnade rose, les hanches vivantes et les mollets d’aplomb dans ses sabots vernis.
—Y a-t-il moyen d’avoir du coaltar? demanda-t-elle.
—Ton mari est trop feignant pour venir! dit François Goustan en descendant vers la jeune femme.
—Gaud est à dormir, répondit-elle.
—Tu l’as fatigué un p’tit!
—Et que j’en fatiguerais d’autres! et c’est point vous tous qui me faites peur! déclara-t-elle en riant de toutes ses dents éclatantes.
Les hommes rigolaient, couvaient la femelle du regard, remués déjà dans leurs instincts. Urbain Coët poursuivait paisiblement sa peinture.
Familièrement, la Gaude était venue parmi les mâles qui la palpaient, la chatouillaient, s’excitaient à dire des obscénités. Elle se roulait de rire, trémoussait sa chair ferme qui sentait la sueur d’aisselles et distribuait de rudes taloches pour jouer.