—Ça y est! y a pu qu’ le curé pour lui faire du bien!

On se tait. Le cadavre gît, froid, violâtre, rendant sa langue, Louchon détord méthodiquement la corde, torons à torons, et la coupe par petits bouts qu’il distribue aux assistants en manière de porte-bonheur. Jean-Baptiste, hébété, répète sans discontinuer:

—Si j’aurais cru! si j’aurais cru!

Il ne voit pas la grande Bourrache qui vient d’entrer, attirée par le bruit, après l’avoir vainement attendu dans les paillers d’Izacar. La mère Olichon s’aperçoit la première que la Piron et sa fille sont absentes et les réclame. Alors Jean-Baptiste explique qu’elles sont parties à Lépine, à bout de patience et lasses de recevoir des gifles.

—Ça lui a fait un coup à c’ te pauvre homme! et voilà!... soupire la bonne femme.

Elle dispose le mort sur son grabat, entre quatre bougies, la tête appuyée sur un sac. Elle s’affaire dans cette besogne macabre où tout le monde lui obéit. La mère Olichon est respectée et crainte à la fois parce qu’elle connaît les herbes, délivre les filles, accouche et ensevelit. Elle vient d’instinct aux douleurs humaines, hante le lit des parturientes, des moribonds, et va vers l’amour aussi, parce qu’il est souvent tragique. Maintenant elle se cale sur une chaise, près du cadavre, pour la veillée mortuaire.

Les femmes entrent, s’agenouillent par terre et prient, tandis que les hommes défilent, le béret aux doigts, avec cette gravité rigide de la face, spéciale aux marins. Et Jean-Baptiste reprend la route, dans la nuit, pour aller chercher sa mère.

Deux jours après tout était fini. On avait enterré le vieux dans le petit cimetière de la falaise où toutes les croix, pourtant basses, penchent sous le vent de mer qui leur souffle au dos, à longueur d’année et les abat par-dessus les tombes. Zacharie avait fait la bière, avec des planches sauvées de la Ville de Royan, et on l’avait porté à bras jusqu’à son trou, dès six heures du matin, parce que le curé voulait avoir son monde avant la pêche.

Les hommes vinrent au complet avec une vareuse propre et un visage solennel. L’aube était douce, cotonneuse, la mer lourde sous le cimetière. Des femmes agitaient des chapelets avec des airs absents, en remuant les lèvres. Et le sacristain n’eut pas plutôt jeté la terre sur le cercueil retentissant que le curé apostropha l’assistance:

—Voilà où mène la boisson! à mourir comme un chien, sans le pardon de la Sainte Eglise! Il y a plus de quatre païens parmi vous qui avaient besoin d’un exemple; que ceux-là réfléchissent!