A MESSIEURS DE MONTS ET SES
Lieutenant et officiez, sur le voyage en la
France Occidentale.

SONNET

i les siècles premiers ont célébré la gloire
De celui qui conquit la Colchide toison,
Si en ce temps encor du brave fils d'Asson
Pour peu de chose vit en honneur la mémoire. Nous devons beaucoup mieux célébrer en l'histoire
La générosité non du Grégeois Jason
Mais de vous ô François, que en ceste saison
D'un plus digne sujet recerchez la victoire. Le Grec acquit ça bas un terrestre thrésor,
Il avoit des moyens & des hommes encor
Tels que les peut avoir entre nous un grand Prince. Mais vous à vos dépens sans recevoir support
Que de l'adveu du Roy, pour un nouvel effort
Ravissez courageux la celeste province. Par MARC L'ESCARBOT Vervinois.

A MADEMOISELLE
ma Mère.

M
ademoiselle ma Mère, vous trouverez par adventure estrange mon départ d'auprès de vous, lequel est procédé plus du courage violence de jeunesse, que de mespris ou désobéissance. Quoy que s'en soit, je me fais fort qu'avec l'aide de Dieu vous aurés à l'advenir du contentement de moy. Monsieur de Poutrincourt m'a fait cette faveur de me recevoir en sa compagnie pour aller en une entreprise la plus généreuse qui fut jamais tentée(?), qui est d'establir la foy Chrestienne & le nom François, parmy les peuples barbares destituez de la cognoissance de Dieu. Il est accompagné de beaucoup de gens d'honneur, de la société desquelles je ne puis qu'estre bien édifié. Je vous supplie donc pardonner à ma jeunesse, si j'ay fait chose que vous n'aurez point approuvé du commencement. Car j'ose me promettre que l'issue vous sera agréable, & que Dieu favorisera nostre voyage, lequel je prie nous assister pendant que j'espère bien & bonheur de vous revoir, qui sera dans un an & demy au plus tard, moyennant sa saincte grace. De La Rochelle ce cinquiesme May mil six cent six.