OILA la fin des voyages transmarins du brave, genereux,& redouté Poutrincourt, de qui la memoire soit en benediction. Voila les irreprochables témoignages de son incomparable pieté, aiguillon qui lui a fait entreprendre tant de travaux & de hazars, dont il a eté si mal recompensé. Il bruloit d'un si grand desir de voir sa terre de la Nouvelle-France Christianisée que tous ses discours & desseins ne buttoient qu'à cela, & à cela méme il a consommé son bien. Je relis souvent & avec plaisir entremelé de regrets, plusieurs lettres qu'il m'a écrites au sujet de ses voyages, mais particulierement une confirmative de ce que je viens de dire, qui commence ainsi.

Monsieur, mon partement (de France) fut si precipité, que je n'eu moyen de vous dire Adieu que par message, ayant un extreme regret de ne vous avoir veu, & encore plus grand de ce que n'étes ici (au Port-Royal) qui travailliés si bien à la culture de vôtre jardin, & abattiez bois pour l'ornement d'icelui: pour m'aider à travailler au jardin de Dieu, & abbattre le diable. Car il y a toujours des esprits de contradiction. J'ay bonne envie de vous voir hors des tumultes où trop souvent l'on est pressé en France, & de pouvoir ici jouir de vôtre bonne compagnie. Maintenez moy en vos bonnes graces, & je vous maintiendray en celles du grand Sagamos & invincible Membertou, qui est aujourd'hui par la grace de Dieu Chrétien avec sa famille.

Au temps de son retour en France, survint le mouvement excité par Monsieur le Prince & ses associés à-cause du mariage du Roy, durant lequel il fut recherché par les habitans de la ville de Troyes, & commandé par sa Majesté de reprendre la ville de Meri sur Seine, & Chateau-Thierri, où ledit Seigneur Prince avoit mis garnisons. Il commença donc par Meri, l'assiegea, & le print. Mais il y fut tué en la façon que chacun sçait, & qu'il se peut reconoitre par les Epitaphes suivans, dont l'un est à Saint-Just en Champagne, où il est enterré, l'autre a été envoyé en la Nouvelle-France.


NOBILISSIMI HEROIS

POTRINCURTII

EPITAPHIUM

ÆTERNÆ MEMORIÆ HEROIS MAGNI POTRINCURTII, qui pacatis olim Galliæ bellis (in quibus præcpuam militiæ laudem consequurus est) factionéque magna Errici Magni virtute repressa, opus Christianum instaurandæ Franciæ novæ aggressus, dum illic monstra varia debellare conatur, occasione novi tumultus Gallici à proposito avocatus, & Mericum oppidum in Tricass. agro ad deditionem cogere à Principe iussus; voti compos, militeris gloriæ æmulatione multis vulneribus confossus, catapultâ pectori admotâ nefarié à Pisandro interficitur Mense Decemb. M. DC. XV. ætatis anno LVIII

M. S. piæ recordationis ergo