Nunc est bibendum, nunc pede libero

Pulsanda tellus............

Et quant aux mains ils les tiennent fermées, & les bras en l'air en forme d'un homme qui menace, avec mouvement d'iceux. Au regard de la voix il n'y en a qu'un qui chante, soit homme ou femme; Tout le reste fait & dit, Het, het, comme quelqu'un qui aspire avec vehemence: & au bout de chacune chanson ilz font tous une haute & longue exclamation, disans Hé!!! Pour étre mieux dispos ilz se mettent ordinairement tout nuds, par ce que leurs robbes de peaux les empechent: Et s'ils ont quelques tétes ou bras de leurs ennemis, ilz les portent pendus au con, dansans avec ce beau joyau, dans lequel ilz mordent quelquefois, tant est grande leur haine méme dessus les morts. Et pour finir ce chapitre par son commencement, ilz ne font jamais de Tabagie que la danse ne s'ensuive: & aprés s'ils prent envie au Sagamos, selon l'état de leurs affaires, il haranguera une, deux, ou trois heures, & chaque remontrance demandant l'avis de la compagnie, si elle approuve ce qu'il propose, chacun criera en Hé!!! en signe d'avoeu & ratification. En quoy il est fort ententivement écouté, comme nous avons veu mainte fois: & méme lors que le sieur de Poutrincourt faisoit la Tabagie à nos Sauvages, Membertou aprés la danse haranguoit avec une telle vehemence, qu'il étonnoit le monde, remontrant les courtoisies & témoignages d'amitié qu'ilz recevoient des François, ce qu'ils en pouvoient esperer à l'avenir: combien la presence d'iceux leur étoit utile, voire necessaire, pour ce qu'ilz dormoient seurement; & n'avoient crainte de leurs ennemis, &c.


CHAP. XV

De la disposition corporele: & de la Medecine
& Chirurgie.

ous avons dit au prochain chapitre que la danse est utile à la conservation de la santé. C'est aussi l'un des sujets pourquoy noz Sauvages s'y plaisent. Mais ils ont encore d'autres preservatifs, dont ils usent souvent, c'est à sçavoir les sueurs, par léquelles ilz previennent les maladies. Car ilz sont quelquefois touchez de cette Phthisie de laquelles furent endommagez les gens du Capitaine Jacques Quartier, & du sieur de Monts, ce qui toutefois est rare: & quand cela vient ils ont eu ci-devant en Canada l'arbre Annedda, (que j'appelle l'arbre de vie, pour son excellence) duquel ilz se guerissoient & au païs des Armouchiquois ils ont encore le Salsafras, & l'Esquine en la Floride. Les Souriquois qui n'ont point ces sortes de bois usent de sueurs que nous avons dit, & pour Medecins ils ont leurs Aoutmoins, léquels à cet effect creusent dans terre, & font uns fosse qu'ilz couvrent de bois, & de groz grez pardessus: puis y mettent le feu par un conduit, & le boie étant brulé ilz font un berceau de perche, lequel ilz couvrent de tout ce qu'ils ont de peaux & autres couvertures, si bien que l'air n'y entre point jettent de l'eau sur lédits grez, & les couvrent puis se mettent dans ledit berceau, & avec des battemens l'Autmoins chantant, & les autres disans (comme en leurs danses) Het, hét, het, ilz se font suer. S'il arrive qu'ilz tombent en maladie (car il faut en fin mourir) l'Autmoin souffle avec des exorcismes, la partie dolente, la leche & succe: & si cela n'est assez il donne la seignée au patient en lui dechiquetant la chair avec le bout d'un couteau, ou autre chose. Que s'ilz ne guerissent toujours il faut considerer que les nôtres ne le font pas.

En la Floride ils ont leurs Jarvars, qui portent continuellement un sac plein d'herbes & drogueries, qui sont la plus-part de verole: & sufflent les parties dolentes jusques à en tirer le sang.