Ces années dernieres, le sieur de Razilli Gentil-homme Norman a voulu entreprendre ce faire une habitation en la riviere de Maragnon, qui ne lui a pas bien reussi, pour ne luy avoir eté tenue les promesses qui lui avoient eté faites. Là ils ont eté persecutés de semblable vermine (aucuns disent que ce sont des pulcerons qui tombent avec la pluye, ainsi que pardeça des grenouilles) & ne faut manquer de la nettoyer chaque jour, car autrement penetrant dans la chair il y faudroit appliquer le fer chaud. Là mesme y a des moucherons qui percent les muids e vin, de sorte qu'il faut tenir la boisson en des vases de terre. Le blé y est incontinent mangé de vermine: & y est la terre si sablonneuse qu'on y entre un pié avant à chaque pas. Il se peut faire que plus loin il y a de meilleur païs, mais les incommoditez des mouches de nôtre Nouvelle-France ne sont rien au pris de celles-là: où d'ailleurs les hommes sont plus humains & traitables, nullement anthropophages, ne vivans que de ce que Dieu adonné à l'homme, sans devorer leurs semblables. Aussi faut-il dire d'eux qu'ilz sont vrayement Nobles, n'ayans aucune action qui ne soit genereuse, soit que l'on considere la chasse, soit qu'on les employe à la Guerre, soit qu'on vueille éplucher leurs actions domestiques, équelles les femmes s'exercent à ce qui leur est propre, & les hommes à ce qui est des armes, & autres choses à eux convenables et elles que nous avons dites, ou dirons en son lieu. Mais ici on considerera que la plus grande part du monde a vecu ainsi du commencement, & peu à peu les hommes se sont civilisez lors qu'ilz se sont assemblés, & ont formé des republiques pour vivre souz certaines loix, regle & police.
CHAP. XXI
La Fauconnerie.
UIS que nous chassons en terre, ne nous en éloignons point, de peur que si nous nous mettons en mer nous ne perdions nos oiseaux: car le Sage dit qu'en vain on tend les rets au-devant des animaux qui ont ailes. Or donc si la chasse est une exercice noble, auquel méme se plaisent les Muses, à cause du silence & de la solitude, qui r'amenent de belles choses en la pensée: de sorte que Diane (ce dit Pline) ne court pas plus aux montagnes que fait Minerve. Si, di-je, la Chasse est un exercice noble, la Fauconnerie l'est encore plus, d'autant qu'elle butte à un sujet plus relevé, qui participe du ciel, puis que les hôtes de l'air sont appellée en l'Ecriture sacrée Volucres coeli, les oiseaux du ciel. Aussi l'exercice d'icelle ne convient-il qu'aux Rois, & à la Noblesse, sur laquelle rayonne la splendeur d'iceux, comme la clarté du soleil sur les étoilles. Et noz Sauvages étans d'un coeur noble qui ne fait cas que de la Chasse et de la Guerre, peuvent bien certainement avoir droit de prise sur les oiseaux que leur terre leur fournit. Et quoy qu'avec beaucoup de difficultés ils en viennent à bout, pour n'avoir (comme nous) l'usage des arquebuses, si ont-ils assez souvent des oiseaux de proyes; Aigles, Faucons, Tiercelets, Eperviers, & autres que j'ay specifiez dans mon Adieu à la Nouvelle-France: mais ilz n'ont l'industrie de les dresser, comme fait la Noblesse Françoise: & par ainsi perdent beaucoup de bon gibier, n'ayans autre moyen de le pourchasser que l'arc & la fleche avec léquels instrumens ilz font comme ceux qui pardeça tirent le Geay à la mi-Quareme; ou bien se glissent au long des herbes, & vont attaquer les Outardes, ou Oyes sauvages qui paturent au Printemps & sur l'Eté par les prairies. Quelquefois aussi ilz se portent doucement & sans bruit dans leurs canots & vaisseaux legers faits d'écorces, jusques sur les rives où sont les Canars, ou autre gibier d'eau, & les enserrent. Mais la plus grande abondance qu'ils ont vient de certaines iles où il y en a telle quantité, sçavoir de Canars, Margaux, Roquettes, Outardes, Mauves, Cormorans, & autres, que c'est chose merveilleuse, voire à quelques-uns semblera du tout incroyable, ce qu'en recite le Capitaine Jacques Quartier ci-dessus. Lors que nous retournames en France, étans encore pardelà Campseau, nous passames par quelques unes, où en un quart d'heure nous en chargeames nôtre barque. Il ne falloit qu'assommer à cops de batons, sans s'arreter à recuillir jusques à tant qu'on fût las de frapper. Si quelqu'un demande pourquoy ilz ne s'envolent, il faut qu'il sache que ce sont oyseaux de deux, ou trois, & quatre mois seulement, qui ont eté là couvés au printemps, & n'ont pas encor les ailes assez grandes pour prendre la volée, quoy que bien corsus & en bon point. Quant à la demeure du Port Royal nous avions plusieurs de noz gens qui nous en pourvoyoient, & particulierement François Adarmin domestic du sieur de Monts, lequel je nomme ici, afin que de lui soit memoire, par ce qu'il nous en toujours fourni abondamment. Durant l'Hiver il ne nous faisoit vivre que de Canars, grues, herons, perdris, becasses, merles, allouettes, & quelques autres especes d'oiseaux du païs. Mais au Printemps c'étoit un plaisir de voir les Oyes grises & les grosses Outardes tenir leur empire dans noz prairies, & en L'Automne les Oyes blanches déquelles y en demeuroit toujours quelques unes pour les gages: puis les Allouette de mer volantes en grosses trouppes sur les rives des eaux, léquelles aussi bien-souvent étoient mal menées.
Pour les oyseaux de proye certains des nôtres avoient deniché un aigle de dessus un pin de la plus exorbitante hauteur que je vi jamais arbre, lequel Aigle le sieur de Poutrincourt avoit nourri pour le presenter au Roy: mais il rompit son attache voulant prendre la volée, & se perdit dans la mer en venant. Les Sauvages de Campseau en avoient six perchés auprés de leurs cabannes quand nous y arrivames, léquels ne voulumes troquer, par ce qu'ilz leur avoient arraché les queuës pour faire des ailerons à leurs fleches. Il y en a telle quantité pardela qu'ilz nous mangeoient souvent noz pigeons, & falloit de prés y avoir l'oeil.
Les oiseaux qui nous étoient conuz, je les ay enrollez (comme j'ay dit) en mon Adieu à la Nouvelle-France, mais il y en a plusieurs que j'ay omis pour n'en sçavoir les noms. Là se verra aussi la description d'un oiselet que les Sauvages appellent Niridau, lequel ne vit que de fleurs, & me venoit bruire aux aureilles, passant invisiblement (tant il est petit) lors qu'au matin j'alloy faire la promenade à mon jardin. Se verra aussi la description de certaines Mouches luisantes sur le soir au Printemps, qui volent parmi les bois haut & bas en telle multitude que c'est chose incroyable. Pour ce qui est des oiseaux de Canada, je renvoye aussi mon Lecteur à ce qu'en a rapporté ci-dessus le Capitaine Jacques Quartier.
Les Armouchiquois ont les mémes oiseaux, dont plusieurs y en a qui ne nous sont conuz par deça. Et particulierement y en une espece d'aquatiques qui ont le bec fait comme deux couteaux ayans les deux trenchans l'un dessus l'autre: & ce qui est digne d'étonnement, la partie superieure dudit bec est de la moitié plus courte que l'inferieure de maniere qu'il est difficile de penser comme cet oiseau prent sa viande. Mais au Printemps les Coqs & poules que nous appellons d'Inde y avoient comme oiseaux passagers, & y sejournent, sans passer plus en deça. Ilz viennent de la part de la Virginie, & de la Floride, là où avec ce y a encore des Perdris, Perroquets, Pigeons, Ramiers, Tourterelles, Merles, Corneilles, Tiercelets, Faucons, Laniers, Herons, Grues, Cigognes, Oyes sauvages, Canars, Cormorans, Aigrettes blanches, rouges, noires, & grises, & une infinité de sortes de gibier.
Au regard des Bresiliens ilz ont aussi force Poules & Coqs d'Inde, qu'ilz nomment Arignan-oussou, déquels ilz ne tiennent conte, ni des oeufs: de maniere que lédites poules elevent leurs petits comme elles l'entendent sans tant de façon, comme pardeça. Ils ont aussi des Cannes, mais pour ce qu'elles vont pesamment ilz n'en mangent point, disans que cela les empécheroit de courir vite. Item des especes de Faisans qu'ils appellent Jacous: d'autres oyseaux Qu'ils nomment Mouton, gros comme Paons: des especes de Perdris grosses comme des Oyes, dites Mocacoua: des Perroquets de plusieurs sortes, & maintes autres especes du tout dissemblables aux nôtres.