ce dit Lucillius au rapport de Nonius. Quelque fois méme les trompettes n'y étoient point épargnées; comme le temoigne Virgile en ces mots

It cælo clamor, clangorque tubarum.

Je ne veux ici recuillir les coutumes de toutes nations: car ce ne seroit jamais fait: mais en France chacun sçait que les femmes de Picardie lamentent leurs morts avec des grandes clameurs: Le sieur des Accords entre autres choses par lui observées recite d'une qui faisant ses plaintes funebres disoit à son defunct mary: Mon Dieu! mon pauvre mary tu nous as donné un piteux congé! Quel congé! c'est pout tout jamais. O quel grand congé! faisons une allusion gaillarde là-dessus. Les femmes de Bearn sont encore plus plaisantes. Car elles racontent par un jour entier toute la vie de leurs maris. La mi amou, ma mi amou: Cari rident, oeil de splendou: Cama leugé, bel dansadou: La me balem, le m'esburbat: mati de pés: fort tard congat: & choses semblables: c'est à dire, Mon amour, mon amour, Visage riant, oeil de splendeur: jambe legere, & beau danseur: le mien vaillant, le mien éveillé: matin debout, fort tard au lict, &c. Jehan de Leri recite ce qui suit des fémes Gascones: yere, yere, O loubet renegadou, ô loubet jougadou qu'here, c'est à dire, Helas, helas, ô le beau renieur, ô le beau joueur qu'il étoit. Et là-dessus rapporte que les femmes du Bresil hurlent & braillent avec telle clameur, qu'il semble que ce soient des assemblées de chiens & de loups. Il est mort (diront les unes en trainant la voix) celui qui étoit si vaillant, & qui nous a tant fait manger de prisonniers. D'autres faisans un coeur à part, diront: O que c'étoit un bon chasseur & un excellent pescheur! Ha le brave assommeur de Portugais & de Margajas, déquels il nous a si bien vengé! Et au bout de chacune plainte diront: il est mort, celui duquel nous faisons maintenant le dueil. A quoy les hommes répondent, disans; Helas il est vray, nous ne le verrons plus jusques à ce que nous soyons derriere les montagnes, où nous danserons avec lui! & autres semblables choses. Mais la plus part de ces gens ont passé leur dueil en un jour, ou peu davantage.

Quant aux Indiens de la Floride quant quelqu'un de leurs Paraoustis meurt ilz sont trois jours & trois nuits sans cesser de pleurer, & sans manger: & font tous les Paraoustis ses alliés & amis semblable dueil, se coupans la moitié des cheveux tant hommes que femmes, en témoignage d'amitié. Et cela fait il y a quelques femmes deleguées qui durant le temps de six lunes pleurent la mort de ce Paraousti trois fois le crians à haute voix, au matin, à midi, & au soir: qui est la façon des Prefices Romaines, déquelles nous avons nagueres parlé.

Pour ce qui est du vétement de dueil, noz Souriquois au contraire des Chinois, qui témoignent le dueil par le vétement blanc, se fardent la face tout de noir: ce qui les rent fort hideux. Mais ls Hebrieux étoient plus reprehensibles qui se faisoient des incisions au visage en temps de dueil, & se rasoient le poil, comme se lit en Jeremie: Ce qu'ilz avoient accoutumé de grande ancienneté: à l'occasion dequoy cela leur fut defendu par la loy de Dieu rapportée au Levitique: Vous ne tondrez point en rond vôtre chevelure, & ne raserez point vôtre barbe: & ne ferez point d'incision en vôtre chair pour aucun mort, & ne ferés aucune figures, ni characteres engravez sur vous. Je suis le Seigneur. Et au Deuteronome. Vous étes enfans du Seigneur vôtre Dieu. Vous ne vous decouperez point, & ne vous ferés aucune pelure entre vos ïeux pour aucun trepassé. Ce qui fut aussi defendu par les Romains és loix des XII Tables.

Herodote & Diodore disent que les Ægyptiens (principalement aux funerailles de leurs Rois) se dechiroient les vétemens, & embourboient le visage, voire toute la téte: & s'assemblans deux fois par jour, marchoient en rond chantans les vertus de leur Roy: s'abstenoient de viandes cuites, d'animaux, de vin, & de tout autre appareil de table, l'espace de soixante douze jours, sans se laver aucunement, ny coucher sur lict, moins avoir compagnie de leurs femmes: toujours se lamentans.

Le dueil ancien de noz Roynes de France (car quant aux Rois ilz n'en portent point) étoit de couleur blanche, & pour-ce retenoient le nom de Roynes blanches aprés le trépas des Rois leurs maris. Mais le commun dueil aujourd'hui tant en France, qu'au reste de l'Europe, est de noir, qui sub persona sisusest. Car tous ces dueils ne sont que tromperies, & de cent n'y en a pas trois qui ne soyent joyeux d'un tel habit. C'est pourquoy furent plus sages les anciens Thraces qui celebroient la naissance des hommes avec pleurs, & leurs funerailles avec joye, voulans demontrer que par la mort nous somme en repos & delivrez de toutes les calamités avec léquelles nous naissons. Heraclides parlant des Locrois, dit qu'ilz ne font aucun dueil des morts, ains des banquets, & grandes rejouissances. Et le sage Solon reconoissant les susdits abus abolit tous ces déchiremens de pleureurs, & ne voulut point qu'on fit tant de clameurs sur les morts, ainsi que dit Plutarque en sa vie. Les Chrétiens encore plus sages chantoient anciennement Alleluya aux mortuaires, & ce vers du Psalme:

Revertere anima mea in requiem tuam, quia Dominus benefecit tibi

Reprens, ô mon ame allegée,

Ton repos souhaité,