RRETE, Sagamos, arrete toy ici,
Et regardes un Dieu qui a de toy souci.
Si tu ne me connois, Saturne fut mon pere
Je suis de Jupiter & de Pluton le frere
Entre nous trois jadis fut parti l'univers,
Jupiter eut le ciel, Pluton eut les Enfers,
Et moy plus hazardeux eu la mer en partage,
Et le gouvernement de ce moite heritage.
NEPTUNE c'est mon nom, Neptune l'un des Dieux
Qui a plus de pouvoir souz la voute des cieux.
Si l'homme veut avoir une heureuse fortune
Il lui faut implorer le secours de Neptune
Car celui qui chez soy demeure cazanier
Merite seulement le nom de cuisinier.
Je fay que le Flameng en peu de temps chemine
Aussi-tot que le vent jusque dedans la Chine.
Je say que l'homme peut, porté dessus mes eaux,
D'un autre pole voir les inconnuz flambeaux,
Et les bornes franchir de la Zone torride,
Où bouillonnent les flots de l'element liquide.
Sans moy le Roy François d'un superbe elephant
N'eust du Persan receu le present triumphant:
Et encores sans moy onc les François gendarmes
Es terres du Levant n'eussent planté leurs armes.
Sans moy le Portugais hazardeux sur mes flots
Sans renom croupiroit dans ses rives enclos,
Et n'auroit enlevé les beautez de l'Aurore
Que le monde insensé folatrement adore.
Bref sans moly le marchant, pilote, marinier
Seroit en sa maison comme dans un panier
Sans à-peine pouvoir sortir de sa province.
Un Prince ne pourroit secourir l'autre Prince
Que j'auroy separé de mes profondes eaux.
Et toy même sans moy apres tant d'actes beaux
Que tu as exploités en la Françoise guerre,
N'eusses eu le plaisir d'aborder cette terre.
C'est moy qui sur mon dos ay tes vaisseaux porté
Quand de me visiter tu as eu volonté
Et nagueres encor c'est moy que de la Parque
Ay cent fois garenti toy, les tiens& ta barque.
Ainsi je veux toujours seconder tes desseins,
Ainsi je ne veux point que tes effortz soient vains,
Puis que si constamment tu as eu le courage,
De venir si loin rechercher ce rivage,
Pour établir ici un Royaume François,
Et y faire garder mes statuts & mes loix.
Par mon sacré Trident, par mon sceptre je jure
Que de favoriser ton projet j'auray cure,
Et oncques je n'auray en moy-méme repos
Qu'en tout cet environ je ne voye mes flots
Ahanner souz le faix de dix milles navires.
Que facent d'un clin d'oeil tout ce que tu desires.
Va donc heureusement, & poursui ton chemin
Où le sort te conduit: car je voy le destin
Preparer à la France un florissant Empire
En ce monde nouveau, qui bien loin fera bruire
Le renom immortel de De Monts & de toy
Souz le regne puissant de HENRY vôtre Roy.
Neptune ayant achevé, une trompete commence à éclater hautement & encourager les Tritons à faire de méme. Ce pendant le sieur de Poutrincourt tenoit son epée en main, laquelle il ne remit point au fourreau jusques à ce que les Tritons eurent prononcé comme s'ensuit.
PREMIER TRITON.
Tu peux (grand Sagamos) tu peux te dire heureux
Puis qu'un Dieu te promet favorable assistance
En l'affaire important que d'un coeur vigoureux
Hardi tu entreprens, forçant la violence
D'Æole, qui toujours inconstant & leger,
Tantot adesquidés (ami), tantot poussé d'envie,
Veut te precipiter, & les tiens au danger.
Neptune est un grand Dieu, qui cette jalousie
Fera comme fumee en l'air évanouïr:
Et nous ses postillons, malgré l'effort d'Æole,
Ferons toutes parts de ton courage ouïr
Le renom, qui des-ja en toutes terres vole.
DEUXIEME TRITON.
Si Jupiter est Roy és cieux
Pour gouverner ça bas les hommes,
Neptune aussi l'est en ces lieux
Pour méme effect; & nous qui sommes,
Ses suppos, avons grand desir
De voir le temps & la journée
Qu'ayes de tes travaux plaisir
Apres ta course terminée,
Afin qu'en ces côtes ici
Bien-tot retentisse la gloire
Du puissant Neptune: & qu'ainsi
Tu eternises ta memoire.
TROISIEME TRITON.
France, tu as occasion
De louer la devotion
De tes enfans dont le courage
Se montre plus grand en cet age
Qu'il ne fit onc és siecles vieux,
Estans ardemment curieux
De faire éclater tes louanges
Jusques aux peuples plus étranges,
Et graver ton los immortel
Méme souz ce monde mortel.
Ayde doncques & favorise
Une si louable entreprise,
Neptune s'offre à ton secours
Qui les tiens maintiendra toujours
Contre toute l'humaine force,
Si quelqu'un contre toy s'efforce.
Il ne faut jamais rejetter
Le bien qu'un Dieu nous veut preter.
QUATRIEME TRITON.