A LA MEMOIRE D’UN
Sauvage Floridien que se proposoit
mourir pour les François.

Voy l’Histoire de la Nouvelle
France liv. 1. chap. 20.

U trouverons-nous un courage
Semblable à cil de ce Sauvage,
Qui pour ses amis secourir
Vient lui-méme sa vie offrir,
Laquelle il croit devoir épandre
Pour nôtre querele defendre?
Certainement un homme tel
Doit parmi nous estre immortel.
Et devons louer tout de méme
Le souci qu’il a de sa femme
Requerant qu’on lui face don
Apres son trépas du guerdon
Que meriteroit sa vaillance
Mourant pour l’honneur de la France.


A PIERRE ANGIBAUT
dit CHAMP-DORÉ Capitaine de
Marine en la Nouvelle-France.

SONNET.

I des pilotes vieux le renom dure encore
Pour avoir sceu voguer sur une étroite mer,
Si le monde à present daigne encore estimer
Ariomene, avec Palinure & Pelore;
C’est raison (CHAMP-DORÉ) que nôtre âge t’honore,
Qui sçais par ta vertu te faire renommer,
Quand ta dexterité empeche d’abimer
La nef qui va souz toy du Ponant à l’Aurore.
Ceux-là du grand Neptune oncques la majesté
Ne vivent, ni le fond de son puissant Empire:
Mais dessus l’Ocean journellement porté
Tu fais voir aux François des païs tout nouveaux,
Afin que là un jour maint peuple se retire
Faisant les flots gemir souz les ailez vaisseaux.