Asdrubale survenant là-dessus, tout fanfaron et pimpant, l'affaire se trouva conclue, et l'on se remit au champagne. Mon co-témoin s'appelait le capitaine Fradin-Varèze, et je ne m'étonnai plus, par la suite, de son zèle, en apprenant qu'il venait de prêter à Nani onze mille francs, somme modeste si l'on veut, mais à laquelle il tenait obstinément. «Mort le débiteur, s'était-il dit, morte la dette. Halte-là! Il faut que je m'en mêle.»

Mais, hélas! que pûmes-nous obtenir, quelques heures ensuite, des deux témoins de Councill, qui, solennels et presque méprisants, nous répondaient:

—Messieurs, que désirez-vous? Vous êtes insultés complètement et irréparablement, nous le reconnaissons. Que faut-il donc au prince Nani?

Ma foi! le capitaine perdit la tête et, devenant tout rouge:

—Il faut au prince Nani, finit-il par s'écrier, deux balles à trente pas, tirées à volonté, avec le droit de s'avancer sur l'adversaire, et dans une allée couverte de la forêt, demain matin. Voilà!

—Messieurs, c'est entendu.

Le capitaine, d'ailleurs, n'eut pas plus tôt décrété ces conditions effroyables qu'il me regarda, comme frappé de stupeur et atterré. Je ne l'étais pas moins. Quant à Nani, rien ne peut décrire la jolie manière dont il accepta la partie.

—Mon cher, lui balbutia Fradin-Varèze, ils nous narguaient…

—Very well! fit le prince.

Après quoi, se rhabillant pour la troisième fois, il s'en fut mystérieusement s'agenouiller à l'église, où je suis pourtant bien sûr qu'il ne se confessa point.