«—Je vais, continua-t-il avec effort, mettre demain, ou plutôt essayer de mettre un terme à ce triste état de choses. Soyez-en bien assuré, mon cher Antonin. Nous nous revoyons ce soir, comme d'habitude, sans doute?
—A ce soir... oui,» répondit faiblement le subtil Antonin.
Cette défaillance de son subordonné acheva d'imprimer la plus âpre résolution dans l'esprit du proviseur. Quoi! ce jeune homme d'un avenir si brillant allait-il par hasard rompre le mariage projeté, et cet Ernest accompli n'épouserait-il pas Marguerite à cause d'un polisson comme Marc? On allait voir! M. Thierry rédigea pour son fils un télégramme impératif, par lequel il lui enjoignait de venir le trouver le lendemain matin pour une affaire des plus graves.
Et il n'était même plus besoin, pour confirmer le proviseur dans son indignation, que tous les membres de sa famille se rencontrassent le soir à sa réception hebdomadaire, où ils exprimèrent leurs condoléances et lamentèrent ensemble comme après un affreux malheur.
«—Qui se fût douté qu'il tomberait là! faisait madame Poron, née Thierry.
—Voilà les fruits, poursuivait Poron, le philosophe, de cette éducation physique dont on nous rebat les oreilles.
—On y apprend du moins à parvenir,» ajoutait finement Antonin.
Il était à peine utile que mademoiselle Marguerite contât ingénument qu'elle avait lu dans le journal l'annonce d'un nouveau match, encore plus sensationnel que celui de Roubaix, projeté entre Marc et elle ne savait plus quel insulaire. Un enjeu de 12000 francs devait être déposé. La famille tout entière répéta lugubrement: «12000 francs!
—Où les prendra-t-il? murmura Poron.
—Je donnerai ma démission,» déclara le proviseur.