PREMIÈRE PARTIE
EN HARIALE

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I

Sur les confins de l'Ile-de-France et du Valois, en Hariale...

Comment, que dites-vous, madame? Vous avez été dans les forêts, dans le pays d'Hariale? Allons donc! Vous y serez allée pour les courses, aux grandes réunions d'automne et du printemps. Vous aurez aperçu du haut des tribunes le château des anciens ducs de Guyenne. Vous aurez lu dans votre journal que la petite ville d'Hariale-sous-Bois est un «centre d'élevage et d'entraînement», c'est-à-dire que chaque matin des bandes innombrables de chevaux en parcourent les rues, qu'il y a dans la contrée plus de grainetiers que de boulangers, et qu'on ne saurait y trouver un gamin de six ans qui ne parlât anglais et ne cachât ses mollets nus sous des leggins. J'admets encore que vous ayez regardé par la portière de votre wagon, quand vous traversâtes la forêt. Il me semble même que vous dûtes faire «ah!...», ainsi que tout le monde, en passant le viaduc d'où l'on a vue sur les étangs.

Mais vous êtes-vous promenée dans cette forêt si élégante, si douce aux yeux, et dans celles qui s'y rattachent, et parmi tous ces paysages qu'on dirait peints sur un éventail, et qu'on découvre à l'orée des bois? Avez-vous seulement poussé jusqu'aux futaies d'Alcret, à quelques lieues de là? Avez-vous visité le château et son parc, plus aimable et mieux tenu que celui de Versailles?.. Un parc dont notre La Bruyère lui-même écrivit sans doute: «Cela est bien imaginé et bien ordonné; il règne ici un bon goût et beaucoup d'intelligence».

Hélas, vous ignorez tout cela. Vous aviez, au printemps, une robe charmante à faire admirer, ce dont je vous loue, et vous n'avez point quitté les tribunes, ce dont je vous blâme. Et pourtant, le château qui s'élevait là, devant vous, tout au bord du champ de courses, de «la pelouse», comme on dit si joliment dans le pays, c'est un palais national, pareil à ceux de Fontainebleau, de Saint-Germain, de Compiègne. Chacun y peut entrer le dimanche, le jeudi, le mardi, le samedi même, je crois. Ouvrez un guide, vous verrez.

Ah, de grâce, madame, par un beau jour, en semaine, prenez le train, et descendez à Hariale-sous-Bois. Veuillez même y coucher, s'il vous plaît. Vous irez visiter les trésors du Château et errer dans le parc infini. Vous écouterez demain matin le galop sourd et vif des bandes de pur-sang qu'on lance sur la pelouse. Vous pourrez, pendant l'automne et l'hiver, suivre les chasses du Rallye-Vaille, et forcer votre cerf comme les autres. Vous aurez chance enfin de croiser à quelque tournant de route Sylvie Montreux, de la voir sourire au passage ou même rêver dans son jardin.

Car notre grande Sylvie daigne vivre en Hariale. Et de certains endroits du parc, vous apercevez les allées de sa propriété, vous en approchez, vous croyez y être.