—Madame dit que non. Elle veut qu'on le transporte au jardin, chez nous. Madame trouve que le trajet n'est pas plus dangereux pour la pauvre bête que les nuits passées ici, en plein air.
—Mais... il faudrait au moins prévenir M. Fouvier.»
Et voilà comment M. Jacques Fouvier, conservateur adjoint du château d'Hariale, fut réveillé à une heure insolite ce jour-là par la sollicitude de sa belle voisine.
«—Dites-moi, Lehup, répondit-il, l'animal est perdu, n'est-ce pas?
—Oh, monsieur, s'il n'est pas mort maintenant, ce sera tout à l'heure. Il ne bougeait déjà plus hier soir.
—Que madame Levaître fasse donc ce qu'elle veut. Ne la chagrinons pas.»
M. Jacques Fouvier pouvait apprécier, dans son emploi au château, les avantages qui s'attachent aux situations secondaires, à la «médiocrité dorée». Sans doute existait-il plusieurs conservateurs du domaine d'Hariale: mais on ne les y voyait jamais l'hiver, et s'ils consentaient l'été à venir un peu respirer l'odeur des roses et des bois au château, c'était encore le jeune conservateur adjoint qui, même alors, recevait le courrier, classait la bibliothèque, soignait les tableaux, veillait à la propreté des meubles et des parquets, surveillait les jardiniers, faisait des rondes dans le parc, réglait la dépense, allait voir les gardiens malades, et recevait les observations du ministre s'il s'égarait un numéro de vestiaire les jours de visite, ou si l'un des paons du domaine perdait ses plumes hors de saison.
Ainsi troublé dans son repos du fin matin par le gardien Lehup, Jacques Fouvier ne se rendormit pas, mais se leva dans le dessein sournois de faire sa ronde à l'improviste et d'aller voir jusqu'au fond du parc, plus tôt que de coutume, comment les jardiniers balayaient les feuilles mortes et couvraient pour l'hiver les terres fragiles.
Lorsqu'il partit: «Pourquoi déjà?» fit Edmée, son épouse, en ouvrant à demi des yeux furtifs.
«—Parce que madame Levaître m'a fait réveiller à une heure extravagante. Je m'en félicite, d'ailleurs...»