—Je me rappelle très bien Nancy, et la place Stanislas, et l'archevêché.
Elle n'ajouta point: «Et vous.» Cependant, j'eusse été décoré sur le front des troupes pour avoir conquis une ville, que ma fierté n'eût pas été plus grande!
Sur quoi, Fernand Luzot crut devoir me nommer aussi à leur compagnon. J'appris ainsi que ce dernier n'était rien de moins que le célèbre professeur Gatti, directeur des fouilles du Palatin.
—M. François Simonin, mon ami...
Dieux justes! en quoi cela pouvait-il importer à M. le professeur Gatti, que je m'appelasse Simonin ou autrement, et que Fernand Luzot me tînt pour son ami? Il ne me regarda même point, et sans ôter de sa bouche la cigarette éteinte qu'il y oubliait, M. Domenico Gatti reprit un entretien dont j'avais dû rompre le cours:
—Ces fragments insignifiants de bas-relief, madame, que l'on nous a montrés tout à l'heure, et dont M. le commandeur Carolus Duran fait grand état, sont d'une basse époque. Il est difficile de ne pas les trouver infectés d'alexandrinisme. Je reconnais là, d'ailleurs, le zèle extraordinaire des messieurs directeurs d'instituts étrangers, dont Rome est pleine...
S'il faut tout avouer, je n'entendis pas clairement le discours, pourtant fort intéressant, de M. le professeur Gatti. Toute mon attention s'attachait aux yeux, aux lèvres, à la haute et fine silhouette de la marquise Gianelli, à la façon dont elle ornait divinement l'allée, le bois, l'univers entier, me semblait-il.
Je n'oserais prétendre qu'elle-même eût suivi parfaitement le professeur Gatti dans tous ses développements, car sur une phrase encore plus amère de celui-ci touchant les entreprises inqualifiables de l'Autriche dans le domaine archéologique, la marquise m'a dit:
—Vous viendrez me voir? J'habite près de Saint-Pierre. Nous parlerons de Nancy.
Mais le professeur goûtait peu cette dissipation: