Il se peut aussi qu'elle ait une bonne fois haussé pieusement les épaules, en songeant que toutes ces fadaises n'importent guère au salut, en somme, et que les pires contraintes sont des mortifications particulières, dont une bonne chrétienne doit plutôt remercier le ciel que d'en témoigner à autrui une rancune exagérée. Encore une fois, cela m'échappe. J'ai toujours presque tout ignoré d'Yvonne, hélas!

Quoi qu'il en fût, je vis un matin trois couverts dans la salle à manger.

—«Il y a du monde? ai-je demandé à la femme de chambre.

—Madame a dit de mettre son couvert et celui de Mlle Gervonier.

—Ah?... Bien.»

Et peu après Yvonne est entrée, suivie de Thérèse. Mon premier mouvement eût été de me jeter vers elle, et de lui crier: «Merci!...» Je crois que j'avais la voix étranglée et les lèvres tremblantes... Mais je me sentis tellement saisi de voir ma femme si pâle et si vieillie—elle n'avait pas vingt-sept ans!—que je demeurai muet sur place.

Elle me dit légèrement, en détournant les yeux: «Bonjour, François», et s'assit sans plus attendre. Puis nous parlâmes du temps, de la forêt, des gardes, des maisons que l'on bâtissait près de la gare. Ce fut seulement après dix minutes, peut-être, qu'elle fit, en enchaînant deux phrases: «Il valait mieux déjeuner et dîner à table. C'était trop incommode pour le service.» Et rien de plus.

Vers le dessert, je signalais d'imbéciles coupes d'arbres, que la commune de Lamorlaye ne cessait d'ordonner çà et là.

—«Il y a, disais-je, tout un rang de saules charmants et de peupliers qui est vendu. Ils vont y mettre la cognée. Vous devriez aller voir ce pré une dernière fois, avant ses funérailles.