—Je voudrais une épreuve de ce cliché fait tout récemment, et qui représente un bébé dans sa voiture. Vous avez encore la pellicule? Montrez-la-moi, je vous dirai si c'est bien celle-là.
—Je viens d'en tirer plusieurs pour Mlle Gervonier. Veuillez attendre un moment...»
Il était parti vers son laboratoire. Certes, Thérèse connaîtrait ma démarche: eh bien! je la prierais une bonne fois de cesser ses besognes de police privée, et voilà tout! Son intérêt n'était pas d'insister, non plus que celui d'Yvonne: pourquoi risquer un éclat, ou quelque scandale?
Le photographe revint bientôt, me tendant le cliché: en effet, voici Tiberge parmi ses dentelles, je reconnaissais ses yeux clignotants sous son front surpris, sa minuscule bouche ouverte...
Tout à coup, je me suis sauvé, laissant une vague commande au photographe: j'aurais sangloté sous ses yeux! Ainsi donc, secrètement, humblement, lamentablement, la pauvre Yvonne envoyait faire par fraude le portrait de ce petit, afin de le voir au moins, et qui sait? de chercher sans doute quelque douloureuse ressemblance...
Une fois de plus, le chagrin m'étouffait. Je me sentais comme écartelé. Je souffrais trop.
Ce fut, je crois, ce jour-là que je me résolus bien fermement à mettre un terme à ce douloureux martyre. Le calvaire d'Yvonne n'avait que trop duré: et moi-même, je n'en pouvais plus. Mais d'autre part, il eût été indigne que Marie se vît abandonnée, ou injustement offensée... Que faire, enfin?
—«Une ruse, m'eût peut-être répondu mon brutal ami Denis Claudion, une belle ruse, une terrible et cruelle ruse... s'il le faut!»