Après le baptême, il y eut un goûter à Auteuil. Marie avait orné sa table avec des fleurs corail et blanches. D'un bout à l'autre couraient des guirlandes de cerises, et sur la nappe des branches d'orchidées candides semblaient s'élever au milieu de pivoines pressées, puis retomber et neiger mollement en ces coupes écarlates. Je prétendis rappeler poliment à Mme Isabelle son fameux costume incarnat du premier acte des Sabots. Mais elle poussa de véritables cris d'horreur, et sa figure se bouleversa:

—«Oh! surtout, n'allez pas me parler théâtre!»

Et ce fut avec une sorte de passion qu'elle se lança dans une appréciation fiévreuse de différents modèles pour les voitures d'enfant.

Cependant la vue de tout ce rouge, marié triomphalement à tant de blanc, excitait beaucoup l'esprit ardent du député Fata:

—«Ce sont les couleurs mêmes qui déshonoraient le visage de Sylla, quand ce dernier faisait le siège d'Athènes. Tous ces greculi montaient sur les murailles, et insultaient le terrible général en le comparant à une mûre roulée dans la farine... Lui, cependant, prit la ville, et fit bien.»

Fata nourrissait en effet une haine furieuse contre les Grecs, avec lesquels il déclarait que l'Italie devait en finir une bonne fois. «Des schismatiques!» répétait-il avec mépris.

Quand Fata m'eut exposé tout ce qu'il souhaitait pour le remaniement de la Méditerranée—je crois qu'il voulait Nice, entre autres, et peut-être Marseille,—et que Mme Isabelle eut dit à Marie tout ce qu'elle savait touchant les voitures d'enfant, les bouillies, les premiers pas et les premières dents, le moment vint de se séparer: ce ne fut pas toutefois sans avoir admiré une fois de plus les cadeaux offerts à Tiberge au sujet de son baptême. La marraine et le parrain s'étaient montrés généreux, et j'avais fait de mon mieux. Toutefois un détail intrigua beaucoup: quelque anonyme avait envoyé une timbale et un coquetier d'or; les deux précieux bibelots reposaient mystérieusement sur un coin de la table. Et chacun de se récrier: «Mais quelle merveille!»

—«Cela vient d'Italie», répondit simplement Marie.

Ces mots m'ont beaucoup troublé. Ayant laissé partir Mme Isabelle avec le député, j'interrogeai Marie: