L'abbé me parut hésiter un instant. Puis je pense qu'il prit son parti, et me regardant bien en face, de ses yeux intelligents et rudes:
«—Vous souffrez donc beaucoup, mon ami?
—Oui... beaucoup.
—Vous parliez d'angoisse...
—Elle m'étreint! Je me sens comme déchiré. D'une part il y a tout ce que j'aime, d'autre part tout ce que j'ai aimé. Cette torture devient au-dessus de mes forces.
—Il y aurait un refuge. Je vous dirais: Celui qui console toujours ne s'est jamais refusé à qui l'appelait de toute son âme... Mais vous n'avez pas la foi.
—Je n'en sais rien!»
L'abbé s'arrêta, presque tremblant. Son regard me perçait, me fouillait, me brûlait comme une flamme, comme le regard même de ma propre conscience. Je me raidis sous ce feu ennemi, et ces mots ne me sont pas sortis spontanément des lèvres, mais je les y amenai un par un, ainsi que des captifs à peine liés et encore frémissants du combat:
—«Je n'en sais rien!... Le doute le plus poignant m'assiège depuis un mois. Vingt fois j'ai cru que Dieu m'avait parlé. Vingt fois une voix de l'enfance m'a crié tout bas: Agenouille-toi, le salut est là!... J'éprouve souvent une émotion puissante, immense, il me semble que la Grâce m'environne, sinon qu'elle m'ait touché...»
Mon ami se taisait. Il avait maintenant la tête penchée et les mains dans les manches: il était le prêtre, et il méditait.