Au bout d'un instant, je revins à mon sujet:

—«Vous saviez, Luzot, que Mme Gianelli fût une Rimbourg!

—Famille du prince de La Canée, famille plus qu'impériale, mon cher, impériale par choix. La Du Barry était plus vraiment royale, ayant été choisie par le roi en personne, que la reine de France, élue par les ministres. Mais pas de potins.

—La Du Barry ne s'en froissera pas.»

Et j'ajoutai à tout hasard, pour savoir:

—«Ni les aïeux de Mme Gianelli.

—Oh! ses aïeux... Il ne s'agit que de sa grand'mère, qui naquit d'une façon bien romanesque, paraît-il, dans les anciens États du Pape, à Tivoli.»

Sur quoi, le peintre m'apprit en effet comment l'une des plus proches parentes de l'Empereur eût pu dire avec précision sans doute quel jour et à quelle heure était venue au monde, de père putatif et de mère inconnue, la petite Adélaïde-Clémence-Pauline, qui, plus tard, devint l'épouse légitime et grandement dotée de Tiberge Rimbourg, grand-père de Marie-Dorothée.

Fernand Luzot, songeant—déjà—à de futures commandes et à des portraits bien payés, connaissait à merveille le répertoire mondain de Rome: il put donc me donner aussi force détails touchant les ascendants immédiats de la marquise Gianelli. Son père avait fait dans la banque une puissante fortune. Vers 1895 il était mort, laissant d'abord un fils établi en Russie, puis Marie-Dorothée âgée de quinze ans, et sa veuve Sophie Rimbourg, née Doneff, étrange idole slave chargée de bijoux, ancienne cantatrice. Sophie Doneff avait promené sa fille dans l'Europe entière: enfin, l'ayant mariée au marquis Gianelli, cette vieille dame imposante et un peu toquée s'en était allée abriter ses cheveux blancs auprès de son fils aîné Serge Rimbourg, qui vivait patriarcalement en Crimée, au milieu d'une demi-douzaine d'enfants. Un autre frère était mort tout jeune, et Marie-Dorothée détestait Serge, beaucoup plus âgé qu'elle: celui-ci le lui rendait bien.

—«Mais, dit Luzot, rien de tout cela n'est un mystère. Mme Gianelli aime à parler des siens. Elle vous racontera sa famille, quand vous voudrez.»