—«D'ailleurs le docteur va venir, fit Yvonne... Tu lui parleras.»

Sur quoi elle ajouta:

—«Je vais voir si elle s'éveille.

—Yvonne... mon pauvre petit... écoute... nous avons du chagrin... Tu pleures: moi aussi, tu vois. N'oublie pas que je suis là. Quand tu souffres, viens me le dire: je voudrais tant être ton grand et seul ami... Je ferai du moins ce que je pourrai... Peut-on entrer, maintenant, près d'Hélène?»

J'étais si haletant, si douloureusement et profondément ému, qu'Yvonne se sentit touchée peut-être au tréfonds de l'âme. Elle me donna en cette minute tout son cœur martyrisé, je le crois, elle me prit et m'étreignit la main. Cependant, comme j'allais serrer contre moi ce pauvre être déchiré, je m'aperçus que ses lèvres bougeaient: selon sa coutume, elle récitait tout bas une ardente prière... Hélas! nous n'étions déjà plus ensemble.

Quand le médecin revint, je l'interrogeai seul, d'homme à homme.

—«C'est grave, docteur?

—Je souhaite que non. La pneumonie apparaît assez violente et bien caractérisée. Cependant, ne vous tourmentez pas trop: chez un enfant, ce n'est là qu'une crise qui, presque toujours, se termine brusquement, comme elle est venue. Il est probable que d'ici sept ou huit jours, la fièvre tombera tout à coup, et la convalescence commencera. Vous n'avez d'ici là qu'à continuer les bains, la potion pour le cœur...

—Mais enfin comment cette abominable maladie a-t-elle pu naître aussi vite? Est-ce que la petite était souffrante depuis quelque temps déjà? On ne m'a rien dit: je serais arrivé immédiatement. On n'a pas bien agi, docteur: me laisser tout ignorer, à moi qui voyageais, confiant, tranquille!... N'y a-t-il eu du moins nulle imprudence commise? Avouez-le-moi sans réserve.

—Pas la moindre imprudence, je vous l'affirme. Voyez-vous, je comprends trop votre chagrin, toutefois il ne faut accuser personne. L'enfant a eu un rhume, un simple rhume, elle a toussé.