—«Mais Mimi, c'est un nom trop doux pour aller à la guerre. Il faut lui donner un autre nom, plus poilu, moins velouté!»

—«Appelez-le Tue-rats, dit la mère Soupe, puisque ce sera son métier.»

—«Ça ne sonne pas à son oreille: Tue-rats! Tue-rats?—Il ne tourne pas la tête.—Tue-rat! Rat-tu! Ratu! Ah! il a entendu!—Ratu! il vient! il veut bien de ce nom-là.—Mimi, c'est son petit nom pour les dames, et Ratu, son nom poilu. Vous êtes tout de même sa marraine de guerre!»

—«Allons, Mimi, viens que je t'embrasse une dernière fois, en t'appelant de ton nom pour les dames!... Soignez-le bien!...»

La mère Soupe prit son chat par les pattes de devant, et l'embrassa affectueusement sur ses deux petites joues. Le chat se laissait tirer, puis flairant une larme sur la joue ridée de sa vieille amie, il ouvrit tout grands les yeux, et la considéra longuement, d'un regard presque humain, qui semblait tâcher de comprendre le sens mystérieux d'une larme et d'un adieu.

Et pesamment, se sentant lasse d'avance du chemin qu'elle allait parcourir, mère Soupe prit son tablier noué aux quatre coins et contenant tout son bagage. Elle se sentait bien triste de quitter à la fois tout ce qu'il lui restait à aimer dans la vie: la place où elle avait vécu, élevé ses fils, et le pauvre chat, compagnon de misère, et les bons soldats qui l'avait réconfortée de leur jeunesse courageuse, et le petit Albert Fiquet, pour qui elle se sentait une âme de maman, parce qu'il ressemblait un peu à son cadet...

—«On va vous accompagner, la mère, et porter votre ballot.»