Apothéose.
Un beau jour, on vit sortir d'une église de la ville où se termine ce récit, un bien étrange cortège nuptial:
La charmante petite mariée était au bras d'un soldat, porteur de la croix de guerre. C'étaient Madeleine et Albert.—Derrière eux venait un bon vieux Monsieur, M. Gerneron, accompagnant la mère Soupe, en châle tapis. De dessous son châle, sitôt qu'elle fut hors de l'église, bondit quelque chose de noir au bout d'un ruban bleu. C'était Ratu, qui s'était tenu si bien caché pendant la cérémonie, que nul ne s'était douté de sa présence. Mais Fiquet pouvait-il se marier sans Ratu? Ratu avait bien mérité d'être de toutes les fêtes, après avoir pris part à toutes les épreuves!
Mme Gerneron venait ensuite avec le caporal Bigeois, permissionnaire. Et enfin, comme garçon d'honneur, le gigantesque Colala, également permissionnaire, riait de toutes ses dents, escortant une toute petite fille, cousine de Madeleine, rouge d'orgueil d'avoir un si sensationnel cavalier.
Le reste du cortège était composé du major, des dames de la Croix-Rouge, des amis de Madeleine et de la famille Gerneron.
ANCIENNE MAISON GERNERON,
FIQUET, GENDRE ET SUCCESSEUR,
ENTREPRENEUR DE MENUISERIE.
Telle fut l'inscription que l'on put lire désormais au-dessus de la porte des réserves de bois où Madeleine avait joué pendant toute son enfance. Fiquet, réformé, se servait à présent habilement de sa main gauche. M. Gerneron, et le vieux contre-maître, qui avait, lui aussi, connu Madeleine toute gamine, prenaient en amitié le brave petit Albert. C'était un chef bien jeune pour une si importante maison. Mais on l'initiait peu à peu au train-train de la besogne coutumière, et Fiquet révélait une intelligence et une compétence professionnelle, que l'on n'eût jamais pu lui soupçonner, étant donnés son âge et sa modestie.